samedi 25 mai 2013|
 

Le 19e arrondissement,<br>un siècle de bouleversements

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Le quartier de la Place des fêtes au début du 20e siècle, victime de la pénurie de logements des années 60

« J’ai une passion pour la photo et pour Paris. » Patrick Bezzolato arpente, depuis 1979, les avenues, les places, les cours intérieures et autres dents creuses du 13e au 19e arrondissement. Il photographie Paris dans son côté le plus pittoresque, « le petit patrimoine », qui lui donne son caractère. Architecte de métier, il aime les ambiances à la Prévert. Ses milliers de photos sont un patrimoine précieux, témoin de la mutation d’une ville. Il expose régulièrement son travail.

Cet attachement à Paris l’a conduit à écrire « Mémoire des rues du 19e », paru aux éditions Parimagine, en 2007, et aujourd’hui épuisé. « J’ai retracé l’histoire de l’arrondissement et des quartiers Villette, Pont de Flandre, Amérique et Combat. Je l’ai étayé de témoignages. Mais hélas, l’ouvrage est un peu succinct. Je rêve d’un livre plus étoffé. J’ai rédigé cinq lignes sur la commune et rien sur la Rafle », regrette-t-il.

La force du livre tient surtout dans ses photos issues de la photothèque de Jean-Louis Sélati, l’éditeur. Ce dernier possède un fond de 40 000 photos, prises entre 1900 et 1915. C’était la grande époque de l’image. Les photographes de rue allaient dans tous les quartiers, des plus huppés aux plus crasseux. « C’était les Robert Doisneau ou les Willy Ronis de l’époque. Les commerçants posaient pour eux. Ils photographiaient les scènes de rue, les sorties d’école, les vêtements et les moyens de transport », explique Patrick Bezzolato. Ces images sont des reflets de la société de l’époque.

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Le marché aux bestiaux de la Villette fut ouvert en 1867

Les photos étaient d’autant plus populaires qu’elles étaient diffusées grâce aux cartes postales. À Paris, il y avait six levées de courrier par jour. La Poste était fiable et rapide. Voilà pourquoi, aujourd’hui, on peut encore disposer d’une collection d’images aussi fournie. Et une matière inestimable pour les amoureux de l’histoire de Paris.

Pour tous ceux qui aiment regarder, le 19e offre encore beaucoup de traces de mémoire. Pour le photographe, « c’est l’arrondissement qui a été le plus bouleversé en un siècle, avec le 15e ». Le passé industriel de l’arrondissement est très présent. Il explique, par exemple, pourquoi l’opération immobilière des 22 tours de la rue Curial, a pu être conduite ainsi comme en banlieue. Les grandes usines telles Félix Potin ayant quitté le 19e, les terrains étaient libres pour édifier à grande échelle.

Originaire de la rue de Belleville, Patrick Bezzolato aime observer les traces du passé campagnard de la capitale. « Il y a encore des cours extraordinaires, dignes d’anciens villages. » Mais quand on lui parle de la place des Fêtes, la colère gronde : « C’est le plus grand attentat architectural de Paris. C’était un site d’exception qui a été rayé de la carte, un mélange d’immeubles hausmanniens, de pavillons et de cité-jardins. On a détruit 2000 logements, pour en construire 4500, d’un urbanisme douteux. »

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Le bassin de la Villette et les canaux ont accompagné l’essor industriel du 19e

Patrick Bezzolato parlerait pendant des heures de Paris, du 19e et de la photo. « Je suis mordu, incorrigible. Photographier Paris, c’est toujours faire un voyage dans le temps. Dernièrement, j’ai découvert, rue de Meaux, une cour intérieure avec des anciennes enseignes et une fontaine. On se serait cru dans les années 30. »
 

Le saviez vous ?

Avant Hollywood, il y avait Belleville

Louis Gaumont avait érigé, au début du 20e siècle, sur les hauts de Belleville (au 12 rue des Alouettes), une cité du cinéma appelée les studios Elgé (initiales de Louis Gaumont). Ce complexe comprenait tous les services techniques et artistiques qu’exige l’industrie cinématographique : ateliers d’ajustage et de menuiserie, bureaux d’études, magasins d’accessoires, ateliers de dessins d’affiches et de fabrication de décors, ainsi que l’imprimerie et les studios. C’était la plus grande cité du cinéma au monde avant 1914. Elle servit d’atelier pour l’armée pendant la première guerre mondiale. Dans les années 1930, la cité Elgé, subit de plein fouet la concurrence américaine. Elle fut reconvertie en studio de télévision en 1953 et disparut dans les années 1990.

On combattait le taureau, Place du Colonel Fabien
Entre 1770 et 1853, une arène de « combat du Taureau » était installée sur l’actuelle place du Colonel Fabien. Cette arène fut nommée ainsi, car le bovidé était bien souvent la victime de ce triste spectacle. Celui-ci consistait à susciter des combats entre animaux au tempérament agressif, tels que des coqs ou des chiens affamés. Ceux-ci se battaient entre eux ou contre des taureaux. Ces jeux cruels déchaînaient les foules et soulevèrent aussi l’indignation en haut lieu, au point que le procureur général du département ordonna en 1797 que cessent « ces spectacles où l’on fait périr des taureaux dans les tourments les plus cruels ». Il faudra attendre le 23 mai 1853 pour que ces pratiques soit définitivement abolies.

Un grand merci à Patrick Bezzolato et à Jean-Louis Sélati pour le prêt des photos.

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