

- Jusqu’aux années 70, le rez-de-chausée de l’Eglise servait de salle de classe, dortoir et bibliothèque.
Perché au cœur du 19e arrondissement de Paris et caché derrière un portail en fer, se trouve un havre de paix. Il s’agit de l’Institut Saint-Serge, centre d’enseignement supérieur de la théologie orthodoxe. Les habitants du quartier le connaissent comme l’Église Russe. Une petite église en bois, entourée d’un jardin fleuri et de quelques maisons secondaires. Partout, un silence inhabituel pour la bruyante rue de Crimée.
« Aujourd’hui, il est difficile de définir le nombre d’orthodoxes en France, puisque la loi interdit de demander, lors d’un sondage, l’appartenance religieuse d’une personne », explique le Père Jivko Panev, responsable de l’Enseignement à distance de l’Institut, « mais nous estimons qu’il y a 700 000 chrétiens d’Orient, dont 450 000 orthodoxes. Des Russes, des Grecs, des Roumains, des Serbes, des Bulgares ».
Après la première guerre mondiale et surtout la révolution russe de 1917, la France connaît une forte immigration russe. « À Paris, il y a avait près de 300 000 Russes », raconte le Père Panev. « Cette communauté avait besoin de former ses prêtres : des gens capables d’assurer le travail théologique et pastoral, mais aussi le dialogue avec le monde occidental. »

- Père Jivko Panev, responsable de l’Enseignement à distance de l’Institut.
C’est ainsi que l’Institut est né à Paris : le jour de la Saint Serge, le 18 juillet 1925, la communauté achète une ancienne église luthérienne allemande, construite en 1850 par un pasteur allemand. L’Institut devient alors la seule faculté orthodoxe d’Occident, reconnue comme établissement supérieur d’enseignement.
Aujourd’hui, les étudiants résidents à Saint-Serge, une vingtaine, sont pour la plupart des étrangers. Ils viennent de Grèce, de Russie, de Bulgarie ou de Roumanie, des pays qui reconnaissent la théologie comme discipline et où l’on peut accéder à des postes ecclésiastiques salariés. Des postes de prêtres, pour la majorité, mais aussi de professeurs de faculté ou de chercheurs.
En plus des résidents, l’Institut forme des étudiants en master et doctorat, soixante au total, et une centaine suivent la formation théologique à distance. C’est le cas de Rastko, 25 ans, d’origine serbe : « J’ai toujours voulu faire de la théologie, mais mes parents n’étaient pas trop d’accord. Je suis donc un doctorat de chimie au même temps que les cours de l’institut. C’est une bonne opportunité. »

- L’ancienne Eglise allemande, recupérée par l’État français après la Première Guerre Mondiale, a été ensuite vendue à la communauté russe.
Dogme, patrologie, histoire de l’Église, Ancien et Nouveau Testament, philosophie, théologie asiatique, histoire de la liturgie byzantine, font partie des multiples matières enseignées à Saint-Serge. Cours, séminaires, travaux pratiques : les journées des étudiants sont bien remplies. Une grande partie d’entre eux, des étrangers, souvent, travaillent le soir, dans des cafés, pour payer leurs études. D’autres profitent de l’offre culturelle de la ville : ils vont à la bibliothèque ou suivent des cours à la Sorbonne.
« Nous sommes très bien intégrés dans le 19e arrondissement qui, en quinze ans, a beaucoup changé. Avant, il n’était pas aussi mixte au niveau des religions », se rappelle le père Panev, avant d’ajouter qu’en 1995, beaucoup de Juifs venant de Sarcelles sont venus s’y installer pour se rapprocher de la grande synagogue de la place des Fêtes. « Nous nous entendons avec tout le monde. Notre difficulté vient plutôt du fait de vivre dans un pays laïque, ce qui ne nous permet pas d’avoir beaucoup de ressources financières. Pourtant notre institut est très renommé dans le monde entier. Il fait partie de l’histoire, de la richesse de la France et de Paris. »
Institut de Théologie Orthodoxe Saint-Serge
93 rue de Crimée - 75019 PARIS
Site Internet : www.saint-serge.net
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