
Les habitants du 19e arrondissement de Paris sont en lutte contre la réorganisation de la carte scolaire 2011. Deux fermetures de classes sur huit ont déjà été annulées, mais syndicats, parents d’élèves et personnel d’éducation continuent de fustiger une politique qui nie la réalité sociale des quartiers.
Première victoire le 11 février 2011 lors du Conseil Départemental de l’Education Nationale (CDEN) : deux fermetures de classes ont été annulées dans le 19e arrondissement, dans les écoles élémentaires Barbanègre et 9 Tandou, toutes deux situées en ZEP (zone d’éducation prioritaire).
Mais les écoles primaires Carrel, Curial A, 67 Bolivar, Ourcq B et l’école maternelle Maroc sont toujours visées. L’école Goubet est aussi concernée, mais ne conteste pas la décision au vu de ses faibles effectifs. « Le problème est complexe, et doit être examiné au cas par cas », fait remarquer Eve Heinrich, secrétaire de la Fédération des conseils de parents d’élèves (FCPE) du 19e arrondissement et parent d’élève élu au CDEN.
Ainsi, l’Académie de Paris met en avant le faible nombre d’élèves dans certaines classes à l’école Maroc pour justifier une fermeture. Un argument non recevable pour Mme Heinrich : « Maroc est une école en ZEP. Les classes ne comptent donc que 22 élèves en moyenne, mais sur ce nombre, il y a cinq ou six enfants avec qui on doit prendre plus de temps car ils sont dans une situation familiale difficile. »

- La fermeture de classe peut engendrer des classes surchargées à 25, voire 30 élèves
- © Delphine Vaisset
Seule la logique comptable semble prise en compte par l’Académie. Quitte à créer des situations absurdes : au 67 Bolivar, l’école doit fermer une classe si le nombre total d’élèves est inférieur à 270. Pour la rentrée 2011, 267 inscriptions sont prévues, mais c’est sans compter les effectifs de la classe d’initiation pour non-francophones (CLIN), qui accueille des élèves au fur et à mesure de leur arrivée en France. Il est donc impossible de connaître le nombre précis d’élèves que comptera l’établissement en septembre. La spécificité sociale de cette école, seule de l’arrondissement à accueillir une CLIN, est ignorée par l’Académie.
« Si on travaille avec une règle à calcul, les fermetures semblent justifiées, s’emporte Daniel Marcovitch, adjoint au maire du 19e arrondissement, chargé des affaires scolaires. Mais si on considère les conditions sociales de ses enfants, c’est une erreur de fermer. »
Carte ZEP obsolète
La classification des écoles en ZEP pose aussi problème. Flux migratoires, redéfinition des zones de recrutement pour certaines écoles, la carte des ZEP n’est plus d’actualité. « Certaines écoles ne sont pas classées en ZEP, alors qu’elles le devraient, et réciproquement ! », souligne Daniel Marcovitch.
Ainsi, depuis une dizaine d’années, les élèves du 67 Bolivar ne viennent plus du haut de l’arrondissement, plus aisé, mais du quartier de Belleville, plus défavorisé. L’école ne bénéficie donc pas des avantages d’une ZEP bien que, dans les faits, sa population en ait les caractéristiques. « On ne demande pas forcément un reclassement, précise M. Défosse, son directeur, mais on souhaiterait une attention particulière à nos effectifs, sociologiquement plus fragiles. » La redéfinition des zones d’éducation prioritaire n’est de toute façon pas d’actualité à l’Académie. « Trop compliqué », admet M. Défosse.
Des concessions, puis des suppressions
Syndicats d’enseignants et parents d’élèves ont bien tenté de négocier en plaidant, par exemple, le maintien des postes d’enseignants de Rased (Réseaux d’aides spécialisées aux élèves en difficulté) dans plusieurs écoles sensibles. Mais « le problème, c’est que lorsque l’on obtient quelque chose, l’Académie le récupère ailleurs », s’agace Jérôme Lambert, secrétaire départemental du Snuipp-FSU, syndicat majoritaire chez les enseignants des écoles primaires. Ainsi, trois postes de remplaçants ont été supprimés en 2010 pour compenser le maintien de trois postes de Rased.
L’adjoint à la scolarité Daniel Marcovitch dénonce : « Il faut arrêter avec ce principe de ne remplacer qu’un fonctionnaire sur deux. On ne peut pas travailler qu’avec des contraintes budgétaires, surtout quand elles sont liées à la baisse des impôts des plus riches ! Et on ne peut pas toujours taper sur les mêmes quartiers ». Jérôme Lambert, lui, ne veut pas baisser les bras : « On continue le combat, car les six fermetures de classes prévues doivent être réétudiées en juin. » En particulier celle de l’école maternelle Maroc. Une journée d’action nationale est donc prévue samedi 19 mars 2011. La dernière chance pour les classes en sursis du 19e arrondissement ?
Photographe : Delphine Vaisset
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