
La Cité des sciences et de l’industrie, dans le 19e arrondissement de Paris, consacre une exposition à la contrefaçon. Le faux touche aujourd’hui tous les produits de consommation. Une banalisation qui ne va pas sans risques et qui nous concerne tous.

- Deux baskets Nike mais une seule est vraie. La différence se voit à l’oeil nu.
Dès qu’un produit a un tant soit peu d’aura auprès des consommateurs, « il est contrefait », explique Blandine Savrda, commissaire de l’exposition consacrée à la contrefaçon à la Cité des sciences et de l’industrie. Le faux est donc partout et ne concerne pas seulement les marques de luxe.
Chaque année, les douanes traquent des millions de produits contrefaits. Les produits numériques (CD, DVD, cassettes) arrivent en tête « car faciles à reproduire ».Viennent ensuite les cigarettes, puis tout ce qui fait notre quotidien : chaussures, lunettes de soleil, jouets, pièces automobiles, crèmes solaires et médicaments.
C’est la nouveauté inquiétante de ces dernières années. La saisie de faux médicaments par les douanes a progressé de plus de 118 % entre 2007 et 2008. Blandine Savrda insiste sur les dangers de cette falsification : « 50 % des médicaments achetés sur Internet sont contrefaits. Au mieux, ils ont un effet placebo, mais parfois, ce n’est ni la bonne molécule, ni le bon dosage. »
L’exposition qui se déroule à la Cité des sciences et de l’industrie jusqu’au 13 février 2011, utilise de multiples moyens - jeu multimédia, exposition de produits, vidéos - pour nous faire toucher du doigt combien la contrefaçon a envahi nos vies et combien il est difficile de la déceler. Un jeu remporte un franc succès chez les adolescents : repérer, parmi les objets des pièces d’une maison, quels sont les faux. Romain, 14 ans, clique sur tous les objets proposés : « C’est drôle, je ne pensais pas qu’une piscine gonflable pouvait être fausse. » La prise de conscience commence ici.

- La "vache qui rit" a fait l’objet de nombreuses copies
Une trentaine d’industriels sont partenaires de la manifestation : Microsoft, Lacoste, L’Oréal, Chantelle, Gucci… et Nike : amusez-vous à comparer l’amorti d’une vraie et d’une fausse basket. La différence est frappante et ce test démontre que la contrefaçon se fait au détriment de la qualité. Autre curiosité : même en matière de « Vache qui rit », il faut se méfier des imitations. En 1921, Monsieur Bel, créateur du célèbre fromage en portion, avait dû déposer sa marque menacée par « La vache qui beugle » ou autre « vache sérieuse ».
Les industriels cherchent donc à se protéger en déposant brevets, labels, marques et slogans à l’Institut national de la protection industrielle qui est également à l’initiative de l’exposition, avec le Comité national anti-contrefaçon et l’Union des fabricants. Les questions des droits d’auteur et de la propriété industrielle sont abondamment abordées.

- Les douanes ont saisi 178 millions de marchandises contrefaites en 2008, en Europe
« Savez-vous que Victor Hugo s’insurgeait contre les droits d’auteur ? Une œuvre est faite pour le plus de gens possible, quelque soit leur bourse, » nous dit en souriant la commissaire. Aujourd’hui, avec Internet, d’autres enjeux apparaissent. La lutte contre la contrefaçon se fait à l’échelle internationale. L’exposition affirme sans complexe « Non ! La copie n’est pas illégale ». En effet, la Nature copie et la reproduction duplique le code génétique. Dans l’apprentissage, on refait les gestes d’excellence du maître. La reproduction d’œuvre d’art est réglementée.
Au détour d’une vitrine, surgit la marionnette de Sylvestre des « Guignols de l’info », émission de Canal +. « On a voulu aborder la caricature comme une exception aux droits d’auteur », explique Blandine Savrda. De quoi donner un peu de légèreté à un sujet sérieux. « Car n’oublions pas qu’au bout de la chaîne de la confrefaçon, il y a des gens corvéables à merci qui travaillent dans des conditions lamentables », conclut la commissaire.
Contrefaçon : la vraie expo qui parle du faux
Jusqu’au 13 février 2011, à la Cité des sciences et de l’industrie
30 avenue Corentin Cariou, Paris 19e
Universscience.fr
La contrefaçon représente 10 % du commerce mondial, soit 200 à 300 millions de dollars, dont une grande partie profite au crime organisé, échappant aux normes de production et aux contrôles qualité.
178 millions d’articles de contrefaçon stoppés par les douanes en 2008 en Europe dont : 44,25% sont des CD, DVD, 23,42 % des cigarettes, 9,92% des vêtements et chaussures, 4,97% des médicaments, 2,82% de l’électricité, 2,82 des jeux et jouets… Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), 30% des médicaments sont des faux dans certaines zones d’Amérique latine, d’Asie du Sud-Est et d’Afrique.
Découvrez tous nos articles géolocalisés sur le 19eme arrondissement en un clin d'œil


