

- C’est le printemps des rencontres et des conversations
Pas un cri, pas un aboiement, tout est calme et feutré. Par ce jour de mars 2010, le parc des Buttes-Chaumont, dans le 19e arrondissement de Paris, est comme anesthésié, sonné par cet hiver si long.
17 heures, l’heure de pointe : les sorties d’écoles, les joggeurs, les mamies en goguette, les grands-pères à poussette et les sérieux, un livre à la main. Tout ce petit monde arpente les allées et se croise sans se voir. « Alors les filles, c’est le printemps ! » Une dame interpelle ses copines. Ce sont des retraitées, des séniors comme on dit aujourd’hui. Elles tiennent en laisse chacune le même chien à frisettes, objet de toute les attentions, centre des conversations.
Les Buttes-Chaumont s’animent un peu. Des collégiens s’affairent, un papier à la main. Ils dessinent le lac, l’île du Belvédère, les rochers, le temple de Sibylle. Par petits groupes, ils cherchent, interrogent, regardent. Ils reviennent de temps à autre, l’air inquiet, vers leur professeur. « Il est où le pont suspendu ? » L’enseignant soupire. « Ouvre tes yeux ! » Au détour d’une allée, surgit le « Goden Gate » version parisienne : une passerelle suspendue de soixante-cinq mètre de long.

- Les amoureux des Buttes-Chaumont
Pour découvrir ce parc, construit sous Napoléon III et inauguré pour l’exposition universelle de 1867, pas d’autres choix que de suivre ses chemins abrupts et sinueux. Ici on monte et on descend. On est loin de nos jardins à la française, si rectilignes. Les Buttes-Chaumont sont qualifiés d’inspiration anglo-chinoise. Le temple de la Sibylle serait, lui, plutôt greco-romain, inspiré par celui de Tivoli, en Italie. Quelques soient les étiquettes, le jardin est résolument 19e siècle !
D’inspiration romantique, le parc fut un haut lieu de l’ésotérisme. Et encore aujourd’hui, la grotte, l’île, le temple, teintent le parc d’une ambiance de mystère. Il y a même le terrible pont des suicidés. Jusqu’en 1860, l’endroit était moins énigmatique. Les collines reposaient sur des carrières de gypse - dont on fait le plâtre - et de pierres de meulières. Ces matériaux ont servi à la construction de nombreux immeubles parisiens.
Les grandes pelouses invitent à la paresse. Un couple d’amoureux s’y prélasse. On domine Paris, les tours du 19e arrondissement et, plus loin, Montmartre, dans le 18e arrondissement. Les enfants courent dans les allées. Mais attention, un danger les guette : les rats ! La dératisation du parc a commencé. Les parents sont appelés à la vigilance, à cause des produits toxiques disséminés dans les bosquets. Sur un banc, un vieil homme joue de l’harmonica. Un p’tit air de Paris, qui nous dit que ça y est : le printemps est arrivé.
En chiffres
Superficie : 24,73 hectares
3e plus grand jardin parisien après la Villette et les Tuileries
3 millions de visiteurs par an
12 hectares de pelouse
6 hectares de massif
1,5 hectares de lac artificiel
5,5 km de voies
2,2 km de chemins
Une falaise de 30 m de haut
Une grotte de 14 m de large
6 pavillons
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