jeudi 24 avril 2014|
 

"Une chorba pour tous", ou le ramadan des plus pauvres

Tous les soirs depuis le début du ramadan le 1er août 2011, l’association "Une chorba pour tous" distribue des repas aux plus démunis, près du métro de la porte des Lilas dans le 19e arrondissement de Paris. Reportage.

Le jour décline à peine près du métro de la porte des Lilas, dans le 19e arrondissement de Paris. Une forte odeur de soupe se dégage du grand chapiteau blanc installé sur la Place du Marquis du Vercors. Jeudi 11 août 2011, comme tous les soirs depuis le début du ramadan, dix jours plus tôt, des dizaines de personnes font la queue devant la tente de l’association "Une chorba pour tous".

Les hommes à gauche, les femmes et les enfants à droite. L’organisation est le maître mot de la soirée. La direction souhaite éviter toute tension ou débordement. Entre 20h et 21h, les bénévoles distribuent des colis alimentaires aux personnes et aux familles considérées comme stables. « Ils ont un logement et préfèrent manger chez eux », explique Chafia Azouni, directrice administrative de l’association. Mais une majorité de personnes reste manger sur place. « Beaucoup sont seuls et les retraités sont de plus en plus nombreux », constate-t-elle. La plupart sont SDF ou sans-papiers. Chaque soir de l’année, près de 900 repas chauds sont ainsi servis. Pendant le ramadan, ce chiffre peut dépasser le millier.

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Directrice administrative depuis 2006, Chafia Azouni se charge de trouver des financements pour assurer la survie de l’association.

« Au cours de cette période, on essaie de reproduire exactement l’ambiance familiale pour les gens loin de chez eux », explique Chafia Azouni. « L’idée, pendant le ramadan, c’est vraiment de proposer un dîner de qualité, renchérit Amaria Tlemsani, membre de l’association. Le reste de l’année, les repas sont différents tous les soirs mais restent classiques. » Sur les plateaux, une bouteille d’eau, un yaourt nature, une demi baguette de pain, quelques dates, une salade en boîte et une pâtisserie attendent les personnes les plus nécessiteuses du quartier. Sans oublier la chorba, soupe traditionnelle du ramadan, servie une fois tout le monde installé.

"Une chorba pour tous" a été créée en 1992. Constatant qu’à Paris, aucun organisme ne proposait d’aide alimentaire adéquate au moment du ramadan, les fondateurs, tous de confession musulmane, décident d’y remédier en créant une association aux horaires et à la nourriture adaptés. Ils s’installent rapidement dans le 19e arrondissement, rue de l’Ourcq puis 168 rue de Crimée, où elle se situe toujours aujourd’hui. « Nous sommes très attachés au 19e, explique Amaria Tlemsani. C’est là que se sont installées les première et seconde générations de migrants. »

Face à une demande croissante, les bénévoles de l’association commencent à distribuer des repas tous les vendredis après-midi, jour de prière chez les musulmans. En 2006, l’organisme choisit de distribuer des repas tous les jours de l’hiver. Puis, avec la crise économique, l’association décide finalement de mener son action toute l’année, sept jours sur sept à Stalingrad et Barbès. Aujourd’hui, "Une chorba pour tous" se bat pour aider les personnes les plus pauvres du 19e arrondissement tous les jours de l’année, quelque soit leur conviction religieuse.

« Magie du ramadan »

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Pendant le mois de ramadan, les bénévoles sont 3 à 4 fois plus nombreux, chaque soir, que le reste de l’année.

Sous le chapiteau une quarantaine de bénévoles s’agitent. « Dans l’année, nous sommes une dizaine par soir, contre 35 à 40 actuellement, explique Amaria Tlemsani. Cette mobilisation, c’est la magie du ramadan, et ça dure depuis 19 ans ». Quelques minutes avant l’ouverture des portes, c’est l’effervescence. Les bénévoles dressent les tables et préparent les plateaux. Chacun a un poste bien défini et un ordre quasi militaire règne sous la tente de "La chorba".

« Ca me plait d’aider les gens », s’enthousiasme Karim, 18 ans, bénévole depuis deux ans. Pour ce jeune étudiant en pâtisserie, l’ambiance est bonne et c’est aussi l’occasion de se faire des amis. Comme lui, la plupart des bénévoles sont jeunes et motivés. « Franchement, au début, je pensais travailler pour des clochards, se souvient Ali, 27 ans, d’origine tunisienne. Mais finalement, on se sent utile et l’ambiance est vraiment bonne. »

Difficultés du bénévolat

Bénévole n’est pas une sinécure. « On peut parfois être déçu par le comportement de certains démunis », concède Hamel, 33 ans, qui participe pour la première fois à l’action de "La chorba". Malgré les efforts des participants pour que chaque soirée se passe bien, il est parfois difficile de prévenir les comportements violents. « Certains sont très alcoolisés, rappelle Amaria Tlemsani. Beaucoup sont sans papiers, donc méfiants. Pas question de prendre des photos par exemple, mais dans l’ensemble, ça se passe bien. »

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Une dizaine de bénévoles préparent les repas du soir chaque jour entre 10h et 18h.

Contrairement au reste de l’année, les bénévoles ne contrôlent pas le niveau social des gens pendant le ramadan. « N’importe qui peut passer et se servir, constate Amaria Tlemsani. C’est ça l’esprit du ramadan. Certains viennent simplement pour ne pas être seuls. » À l’image de ce jeune tunisien, installé en France depuis trois ans : « Je travaille, je paye mon loyer mais de temps en temps je viens ici. C’est tout de même mieux que de rester tout seul chez moi… Et en plus, c’est bon ! » Chaque jour, des hommes et des femmes passent la journée au siège de l’association à éplucher les légumes et couper la viande.

En plus d’une aide alimentaire, l’association propose une action sociale. Des médiateurs, salariés, sont chargés d’identifier et d’orienter au mieux les personnes en grande difficulté. L’organisme dispose ainsi d’un service sanitaire et social, d’une conseillère juridique. Des ateliers de soutien scolaire, d’alphabétisation, d’insertion professionnelle et de recherche d’emploi sont aussi proposés. « La chorba, ce n’est pas que de la bouffe, insiste Chafia Azouni. La distribution des repas, c’est surtout un moyen de se rapprocher de ces personnes démunies afin d’identifier les maux les plus profonds et d’y apporter des solutions. »

Financement
L’association Une Chorba pour tous survit essentiellement grâce aux dons de la population.
Elle reçoit également des subventions de la mairie de Paris. La mairie du 19e arrondissement prête quant à elle le terrain Place du Maquis du Vercors.
Le Conseil régional finance des postes de salariés administratifs tandis que la préfecture finance un poste de médiateur.
L’association est également sponsorisée par Western Union et Ortel Mobile. Télémarket et Yoplait fournissent quant à eux de la nourriture à l’organisme, respectivement deux et une fois par semaine.

Infos pratiques
Association Une chorba pour tous - 168, rue de Crimée
Contact : 01 40 36 17 50

Portfolio

Où ça se passe:

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1 commentaire
  • "Une chorba pour tous", ou le ramadan des plus pauvres 13 juillet 2013 12:57, par Mohamedsalek

    Bonjour à vous , je suis trés touché par vos initiatives.
    Ayant la chance d’avoir grandis dans un environnement très favorisé.
    Et également la chance d’avoir une table garnie à chaque coupure du jeûne en ce mois béni.
    Je ne pourrai être en accord avec ma religion et avec moi même
    Qu’en apportant mon soutien auprès de vous qui oeuvrez chaque jours auprès des personnes dans le besoins.
    Cette période pour moi ne se limite pas à s’astreindre de boire et manger la journée , pour ainsi se ruer sur tout ce qui est comestible une fois que la sonnerie ait retentit. Mais c’est avant tout un mois oû le mots entraide et partage doit prendre tout son sens.
    Je veux vous apporter mon soutien et ainsi vous aidez pour l’organisation et/ ou la distribution de repas.
    Je reste à votre disposition.. Et vous souhaite le meilleur pour votre association.

    salek mohamed
    Mohamed.salek@gmail.com

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