
Birthe Gleitz, sophrologue et animatrice au Carrefour des Solidarités, en compagnie d’Iliario, un bénéficiaire, jeudi 9 août 2012. Photo : ©Lola Cloutour.
Le Carrefour des Solidarités, l’une des branches de la Fondation Maison des Champs, propose une gamme de services variés aux personnes fragiles et isolées du 19e arrondissement de Paris. Visites de convivialité, bricolage, ateliers de sophrologie... Les bénévoles donnent de leur temps pour redonner confiance à ceux qui l’ont perdue.
Cuicui. Cuicui. Au mur, l’horloge décorée de petits oiseaux sonne deux heures. En ce jeudi 9 août 2012, les tartes aux abricots prévues pour le goûter fond saliver les gourmands et le local du Carrefour des Solidarités, situé au 145 rue de Crimée dans le 19e arrondissement de Paris, se remplit progressivement. Autour de la table, Marie-Pierre, Claudie, Monique et les autres attendent les retardataires pour commencer l’atelier de sophrologie. Birthe Gleitz, l’animatrice, glisse un mot gentil à chacun. Les trois derniers inscrits passent finalement la porte de la grande pièce aux murs jaunes, victorieux des travaux qui encombrent la circulation du quartier. Le calme s’installe, les yeux se ferment. La séance de sophrologie-relaxation commence.

- Monique et Santa, des habituées du Carrefour. Photo : ©Lola Cloutour
La Carrefour des Solidarités fêtera son troisième anniversaire en octobre prochain. « En 2006, la Fondation Maison des Champs [créée en 1931 dans le 19e arrondissement de Paris pour venir en aide aux personnes en difficulté, ndlr] a répondu à un appel à projet de la Mairie qui souhaitait développer une plate-forme gérontologique », explique Raoul Chantelot, l’un des deux salariés du Carrefour. Le projet de la Fondation a été retenu et le Carrefour des Solidarités s’est donc mis en place au cœur du 19e, son arrondissement “historique”.
Un lieu amical et réparateur
« C’est vraiment un réconfort d’être là », souffle Santa de sa petite voix tremblante après la séance de sophrologie. Frêle mais élégante dans sa tunique verte, ses yeux semblent chercher perpétuellement un point d’ancrage : « Je viens ici chercher de la tendresse, de l’amitié car on en manque... » Birthe Gleitz, sophrologue bénévole, la couve du regard en soulignant que « les échanges sont très forts dans ce lieu de communication, et toujours respectueux, sans aucun enjeu ni esprit de compétition. » Une fois la tarte aux abricots avalée, Santa montre à Mike, son jovial voisin de table, les photos d’une sortie à la Villette organisée par le Carrefour.
Chapeau à fleurs sur la tête et bracelets de toutes les couleurs aux poignets, cet Irlandais fréquente le 145 rue de Crimée depuis 2 ans et demi. Il y a 6 ans, Mike est devenu handicapé suite à de graves problèmes de santé. Il a découvert le Carrefour des Solidarités grâce à la psychologue de la Fondation Maison des Champs avec laquelle il travaillait. Témoignage :

- Mike passe régulièrement au Carrefour "juste pour dire bonjour". Photo ©Lola Cloutour
Un enrichissement personnel également apprécié par les bénévoles. La sophrologue Birthe Gleitz fait partie de cette cohorte d’anges gardiens depuis juin 2009. « A un moment donné de ma vie, j’ai eu beaucoup de soucis, je me suis recroquevillée sur moi-même. Pour m’en sortir, j’ai décidé de m’occuper de personnes qui allaient encore moins bien que moi », explique cette Allemande qui vit à Paris depuis 30 ans. Elle a d’abord intégré le Carrefour des Solidarités en tant que "visiteuse" chez des personnes isolées, puis a commencé à animer des ateliers de sophrologie. « Ça a été une occasion pour moi de recommencer à travailler », sourit-elle. Mais surtout de se reconstruire grâce à la chaleur humaine du Carrefour des Solidarités.
Les bénévoles assurent le trafic du Carrefour
« Notre mission consiste à accompagner les personnes isolées et fragilisées sur tout le 19e arrondissement en leur proposant différents services gratuits, indique Raoul Chantelot. Cette définition englobe donc les personnes âgées seules et les handicapés. » Aide administrative, sorties culturelles, visite de convivialité, accompagnement chez le médecin ou le coiffeur, ateliers de peinture, de tricot, de sophrologie... Seuls les petits travaux de bricolage et les déplacements en voiture coûtent quelques euros au bénéficiaire. Le reste est financé par les collectivités territoriales, la Fondation et les dons. Une mécanique solidaire dont les rouages s’enclenchent grâce aux bénévoles.

- Le local du Carrefour des Solidarités se trouve au 145 rue de Crimée.
Entre actions régulières et interventions ponctuelles, les bénévoles peuvent choisir l’intensité de leur investissement au sein du Carrefour. « Nous ne leur demandons pas d’être responsables des personnes bénéficiaires, mais de poser sur elles un regard bienveillant, » détaille Raoul Chantelot. Leur nombre augmente régulièrement depuis le début de l’aventure, mais le Carrefour pourrait bien être victime de son succès : « En ce moment, 92 bénévoles nous aident, mais nous sommes en sous-effectif et la demande est toujours plus forte... » Dans l’arrondissement le plus jeune de Paris (en 2009, 40% des habitants avaient moins de 30 ans), les plus de 65 ans représentent tout de même 11,8% de la population. Le Carrefour des Solidarités a aidé 300 d’entre eux depuis sa création.
Malgré le bruit de la rue de Crimée, le local ressemble à un doux et chaleureux cocon où se croisent des chemins de vie chaotiques. « L’objectif du Carrefour, c’est aussi que ces personnes isolées se reconstituent un réseau social, précise Raoul Chantelot. Nous voulons leur donner envie de ressortir de chez elles, de rencontrer des gens. Et ça fonctionne puisque certaines se voient sans passer par notre intermédiaire. » Jusqu’à aujourd’hui, le Carrefour des Solidarités a aidé 300 personnes à retrouver confiance en elles. Mike et Santa en font partie. Ici, ils tentent d’oublier leurs soucis, pour un temps.
Infos pratiques :
Le Carrefour des Solidarités
145 rue de Crimée - 01 53 72 00 80
Le local est ouvert du lundi au vendredi de 8h30 à 17h.
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