
Plusieurs dizaine de personnes ont répondu à l’appel du 18 joints, samedi 18 juin 2011, sur la grande pelouse du parc de la Villette, dans le 19e arrondissement de Paris. Depuis 1976, cette manifestation annuelle prône la légalisation du cannabis. Elle a pris un accent plus politique cette année, à la suite du rapport de Daniel Vaillant, maire PS du 18e, qui préconise une légalisation contrôlée de cette substance.
Les chaussures s’enfoncent mollement dans l’herbe détrempée. Mais c’est une autre herbe qui intéresse les petits groupes de personnes qui se dirigent vers un stand planté sur la pelouse du parc de la Villette, dans le 19e arrondissement de Paris. Samedi 18 juin 2011, se tient ici l’appel du 18 joints. Une manifestation pour la légalisation du cannabis qui existe depuis 35 ans.
« Quelqu’un a un bédo (un joint, ndlr) ? » demande un jeune homme à ses amis qui se prennent tour à tour en photo pour immortaliser l’instant. « Non, même pas ! ». Un oubli qui sera vite réparé. À l’approche du stand du CIRC, le centre d’information et de recherche cannabique, qui organise l’événement depuis 1994, des effluves de cannabis envahissent l’air.
Soutien à Daniel Vaillant
Des tables d’information sont disposées sous des auvents. « Vous pouvez approcher, on ne va pas vous manger » : derrière les tréteaux, un homme à barbe blonde s’adresse à trois ados qui regardent de loin les ouvrages sur le chanvre. Écrits politiques, sociologiques ou encore médicinaux se côtoient. De l’autre côté, un sound system inonde la pelouse et les dizaines de personnes qui s’y sont posées de musique reggae.

- En 2005 près de 4 millions de personnes ont consommé du cannabis au moins une fois dans l’année. Parmi eux, 1 200 000 sont des consommateurs réguliers.
Cette année l’appel a un écho particulier. Mercredi 15 juin 2011, Daniel Vaillant, député-maire PS du 18e arrondissement, a présenté à l’Assemblée national un rapport dans lequel il préconise une légalisation contrôlée du cannabis. Le rapporteur souhaite ainsi, non pas de « faire la promotion de l’usage du cannabis, mais de réglementer une pratique malheureusement installée dans notre société. »
Farid Ghehouieche du CIRC, dont des membres ont été auditionnés par le groupe de travail de Vaillant, se réjouit du débat qui s’ouvre ainsi et soutient la démarche du député socialiste. Il compte « tout faire » pour que la thématique figure au cœur de la campagne présidentielle de 2012. « J’ai d’ailleurs l’intention de déposer ma candidature aux primaires socialiste le 28 juin prochain. » Après douze années passées chez les Verts, son passage au PS est « stratégique ». C’’est pour lui une manière de peser réellement dans la vie politique.
Responsabiliser les citoyens
« Il faut une politique de légalisation basée sur des preuves scientifiques, continue Farid Ghehouieche, actuellement, on est dans le moralisme : la loi nous interdit par exemple de dire que le cannabis soulage la douleur ». Le message principal que veut faire passer le CIRC, est le droit à l’autoproduction. « C’est un moyen de réduire le trafic et de responsabiliser les citoyens face à leur propre consommation de drogue », pense Farid.
Exemple, Hortense*, 55 ans, membre de Cannabis sans frontières, et enseignante dans une petite école d’art en province, imagine un système où il serait possible de déclarer légalement à la police des cultures de chanvre. Jusqu’à cinq pieds par personne. La vente serait interdite aux mineurs et le tout serait accompagné de prévention et d’information. Entre de courtes ondées, sur la grande pelouse de la Villette, les fleurs de marijuana et les morceaux de haschich s’échangent amicalement. Ici, légalisation rime avec responsabilisation. Et Farid Ghehouieche de conclure enthousiaste : « s’il faut un ministre de la légalisation, je suis là ! » L’appel est lancé.
*Le prénom a été modifié à sa demande.
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