mardi 21 mai 2013|
 

Le plus grand camp de Roms de Paris a été évacué

Le camp de Roms de la ZAC Claude Bernard, situé dans le 19e arrondissement de Paris, a été évacué mercredi 8 août 2012, au petit matin. Ses habitants, sachant l’expulsion imminente, avaient quitté les lieux avant l’arrivée de la police. Les riverains du quartier se disent majoritairement soulagés par l’expulsion, qui reste critiquée par le milieu associatif.

Un monticule de détritus. C’est tout ce qui reste du plus grand camp de Roms de la capitale. Dans un nuage de poussière, d’immenses pelleteuses se livrent à un impressionnant ballet. En action depuis le matin, elles déblayent les débris abandonnés par les Roms. Meubles éventrés, billard saccagé, matelas en pièce, restes de cabanes... Plusieurs bennes à ordures sont nécessaires pour vider cette parcelle de terrain au bout de la rue Emile Bollaert, dans le 19e arrondissement de Paris.

Assis sur sa moto, un habitant qui souhaite garder l’anonymat, scrute la scène et lâche : « Je suis soulagé qu’ils partent enfin. Leur camp puait, il était sale et surtout nous n’étions pas rassurés de vivre tout près avec ma femme et mes enfants. » Comme lui, la plupart des habitants du quartier expriment leur satisfaction. Tôt ce mercredi 8 août 2012, la police a procédé à l’évacuation du camp. « Quand nous sommes arrivés, il ne restait plus qu’une quantité impressionnante de rats qui sillonnaient en tous sens le camp », a constaté Jacques Rigon, le commissaire du 19e arrondissement.

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Une pelleteuse déblaye les restes du camp de Roms, rue Emile Bollaert dans le 19e arrondissement de Paris.

Une décision de justice, prise à la demande de la mairie de Paris le 13 janvier 2012, est à l’origine de l’expulsion. Celle-ci pouvait intervenir à tout moment depuis le 14 juillet. « Devant l’imminence de notre opération, poursuit le commissaire, les Roms sont rapidement partis cette nuit en emmenant leurs affaires. » Selon lui, l’évacuation s’est déroulée dans de « bonnes conditions ». Un écho qui nuance celui du Ministère de l’Intérieur. Dans le communiqué annonçant l’expulsion, il insistait sur la « fermeté nécessaire » à ce type d’intervention.

« Il est curieux de parler de fermeté quand on sait que concrètement, les familles Roms sont confrontées à trois, quatre, cinq ou dix expulsions chaque année, réagit Malik Salemkour, animateur fondateur du collectif Romeurope et vice-président de la Ligue des droits de l’homme. Bon gré, mal gré, elles acceptent l’expulsion sans opposer de résistance. D’autant qu’en partant d’elles-mêmes, elles peuvent prendre leurs affaires. »

« Mardi, je les ai vu s’en aller au fur et à mesure de la journée, mais je ne savais pas qu’ils étaient déjà tous partis ce matin », raconte un autre habitant, assis sur un banc à quelques dizaines de mètres du camp de Roms démoli. Face à ce sujet sensible et malgré un jugement plutôt clément, lui aussi préfère rester anonyme. « Moi, tant qu’il ne m’ont rien fait je n’ai pas de raison de leur en vouloir. »

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Matelas, tapis, toiles, planches de bois, les morceaux de cabanes du camp de Roms jonchent le sol.

Les quelques 160 personnes qui vivaient dans ce camp n’ont fait l’objet d’aucun suivi associatif. « Elles ont toujours cherché à garder leur autonomie et ont préféré rester entre elles, explique l’animateur de Romeurope. C’est un terrain que nous connaissons, nous avons identifié des familles, même si nous n’y avions pas de contacts. »

Parmi ces familles, aucune n’a accepté les propositions d’hébergement dans des hôtels de la préfecture d’Île-de-France et de la mairie de Paris. Un refus, selon le commissaire, « bien à l’image de l’état d’esprit qui régnait dans ce camp constitué de gens réfractaires à toutes aides associatives ou étatiques. »

« En général, lors des évacuations à Paris, qu’elles concernent ou non les Roms, les hôtels mobilisés par la préfecture sont en grande couronne, explique Malik Salemkour. Les familles se retrouvent loin les unes des autres et loin de leur réseau. Sans cuisine, la vie à l’hôtel n’est pas facile et l’hébergement ne dure souvent que trois jours. » Le collectif Romeurope milite pour une « solution durable » pour répondre au problème social. « Cela demande une réflexion et une réponse régionale afin de se répartir l’accompagnement des familles. »

À l’heure actuelle, les familles sont dispersées dans la capitale et alentours. Pour aller où ? Dans des bouches de métro ? Des terrains vides ? D’autres camps de Roms ? Pour l’instant tout n’est qu’hypothèse. Quoi qu’il en soit, « cela ne fait que déplacer le problème », estime le fondateur de Romeurope.

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Le camp de Roms avant son évacuation.

À proximité, restent deux autres camps qui dépendent du département de Seine-Saint-Denis. Celui de la Porte d’Aubervilliers n’a pas encore fait l’objet d’une décision de justice. Dans ce camp, contrairement à celui qui vient d’être évacué, les Roms sont soutenus par des associations et les enfants sont scolarisés.

Marseille, Lille, Villeurbanne (Rhône), les expulsions se multiplient depuis le début du mois d’août. Selon les estimations du collectif Romeurope, au moins 15 000 Roms vivent en France, un nombre stable malgré les évacuations. La Roumanie, en entrant dans l’Union Européenne en 2007, a fait l’objet de mesures transitoires adoptées notamment par la France. Ces mesures limitent la libre circulation des personnes et en particulier des travailleurs (les Roms n’ont généralement pas l’autorisation de travailler sur le sol français). D’une durée de 7 ans maximum, ces mesures prendront fin en 2014.

En lieu et place du camp s’installe désormais le chantier de la “forêt linéaire” qui s’étendra sur un ruban de 300 mètres, entre la rue Emile Bollaert et le canal Saint-Denis. Un pas de plus vers la mutation de ce quartier de la ZAC Claude Bernard, transformation qui s’inscrit dans le cadre du grand projet de renouvellement urbain Paris Nord-Est. Encore en chantier, ce coin de la capitale est pour l’instant loin du quartier idéal annoncé. Mais il s’en approche petit à petit.

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