
La conseillère immobilière Julia Rousset précise à Yoann, étudiant, la liste des documents qu’il doit fournir à l’agence pour louer un appartement. Photo : ©Lola Cloutour
La rentrée approche et le marché locatif bouillonne dans le 19e arrondissement de Paris. Les étudiants affluent pour trouver quelques mètres carrés à louer sans se ruiner dans ce quartier où les prix sont toujours moins élevés que dans le reste de la capitale.
Deux pièces, 30 m², des fenêtres donnant sur cour et des murs qui sentent encore la peinture fraîche. Le tout pour 790 euros par mois. La jeune conseillère immobilière Julia Rousset n’hésite pas quand elle affirme que cet appartement du 148 avenue de Flandre, dans le 19e arrondissement de Paris, « est une bonne affaire ». À voir les yeux bleus écarquillés de Yoann, le visiteur du jour, il semble que l’étudiant soit du même avis. « C’est exactement ce que l’on recherche avec ma copine, et en plus le quartier a l’air sympa. »
Cet étudiant en informatique de 27 ans a débarqué de Montpellier dix jours plus tôt. Après une semaine à chercher un logement via des particuliers, il s’est résolu à passer par une agence : « C’était la folie avec les particuliers, beaucoup trop de monde... En plus, les quelques apparts qu’on a visités étaient souvent sales, un peu glauques. » Avec un budget pour le loyer fixé à 800 euros mensuels et une zone géographique englobant tout l’Est de Paris, Yoann reconnaît amèrement qu’il n’y a que peu d’offres disponibles. Et pour obtenir l’appartement de ses rêves, mieux vaut dégainer ses documents justificatifs plus vite que son ombre.
De lourdes garanties financières exigées
« Je ne cache jamais aux visiteurs que c’est celui qui me fournira un dossier complet le plus rapidement qui pourra louer l’appartement », explique Julia Rousset, qui travaille dans l’agence AVL Immobilier située au 118, rue de Meaux. Selon le statut du locataire, les critères exigés par les propriétaires et les assurances changent. Un salarié qui n’est pas en CDI et qui ne gagne pas trois fois le montant du loyer chaque mois a très peu de chances de décrocher un toit...

- Vue d’un appartement rue Clavel dans le 19e arrondissement de Paris. Photo : cc/Flickr/©Gaël Chardon
En tant qu’étudiant, Yoann doit présenter des garants aux revenus financiers suffisants. « C’est rassurant pour le propriétaire, mais c’est tout de même excessif, il n’y a que la France où ça se passe comme ça !, regrette-t-il. Avec ce système, les gens sont de plus en plus nombreux à se faire de fausses fiches de paie. »
A l’agence AVL Immobilier, le tri s’effectue dès le premier contact téléphonique : « Je demande leurs revenus et leur statut aux personnes intéressées, détaille Benjamin Caudron, conseiller. La moitié des appels sont viables. Nous pouvons alors planifier une visite. » Entre 9h30 et 11h30, il a reçu dix appels pour un studio à louer dont l’annonce a été mise en ligne la veille. « En ce moment ça n’arrête pas pour les locations, tous les étudiants cherchent un logement avant la rentrée ! »
Le 19e de plus en plus demandé
Cette agence indépendante spécialiste du 19e arrondissement n’organise que des visites individuelles, loin des clichés de la file d’attente interminable dans les escaliers. « Je sens beaucoup de tension chez les gens, poursuit le jeune homme en chemise et cravate bleues. En plus de la concurrence, souvent ils ne connaissent pas le quartier, ils ont des a priori. Je tente de les rassurer et de les conseiller. »
Même si le 19e reste l’un des arrondissements les moins chers de Paris, le quartier a beaucoup changé depuis la création de l’agence il y a 16 ans. « Le 19e n’avait pas très bonne réputation et les gens ne voyaient pas l’intérêt de s’exiler dans cette zone de la capitale, explique Benjamin Caudron. Aujourd’hui, de grandes réhabilitations urbaines ont été faites et certaines rues réputées dangereuses sont devenues agréables. »
L’installation d’écoles d’études supérieures et de bureaux, dans la ZAC Claude Bernard ou rue de l’Ourcq, ont aussi attiré de nouvelles populations. Mais la demande augmente plus vite que l’offre et les appartements de plus de trois pièces sont de plus en plus rares dans le 19e. Chez AVL Immobilier, 60% des appartements loués sont des studios. Benjamin Caudron estime que le bon plan de l’arrondissement se situe près du périphérique, autour de la porte de Pantin : « Tout ce secteur c’est l’avenir, et les prix y sont encore très abordables. » Pour le moment...
Le prix selon les quartiers dans le 19e :
Louer 20 m² non meublé dans le 19e arrondissement coûte environ 650 euros, contre 450 euros il y a dix ans. Le triangle Jaurès-Bolivar-Laumière est très demandé car bien desservi par le métro et avec de nombreux commerces. Les quais du bassin de la Villette ont aussi vu leurs prix flamber, tandis que le Nord du canal de l’Ourcq et les quartiers limitrophes du 18e arrondissement sont un peu moins chers. La zone des Buttes Chaumont se place sur la première marche du podium : les prix sont les plus élevés de l’arrondissement et le marché locatif y est peu développé.
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