dimanche 26 mai 2013|
 

 Bâtir la paix, le défi des femmes du 19e

© Delphine Vaisset

« Renouer le dialogue et regarder ensemble le passé », tel est le credo de l’association les Bâtisseuses de paix, dédiée à l’amitié judéo-musulmane. À l’origine de cette initiative, Annie-Paule Derczansky, journaliste de confession juive.

Des grains de sucre sur la langue, du rose, du vert, un goût de datte, de miel et de cannelle. Comme autrefois, toutes ensembles. C’est autour de pratiques culinaires que des femmes juives, arabes et musulmanes souhaitent à nouveau partager leur temps, au sein d’une association appelée les Bâtisseuses de paix.

La création d’un atelier de pâtisserie orientale a été l’une des premières activités proposées par les Bâtisseuses. Mêmes ingrédients, mêmes contraintes rituelles (hallal/casher) et même goût des petites douceurs sucrées. Un exemple concret de similitude entre les cultures. « On joue sur l’inconscient, la douceur de l’enfance, le passé. La sociologie et la psychologie sont essentielles dans notre action. » avoue Annie-Paule Derczansky.

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Annie-Paule Derczansky, Salha (femme musulmane) et Pierre Djiki, président (bénévole) de l’association du centre culturel Danube.
© Delphine Vaisset

La fondatrice de l’association œuvre depuis neuf ans dans le but de rapprocher juifs et musulmans en France, loin de la guerre au Moyen-Orient. « Il n’y a aucune volonté de convertir l’autre. Je tiens à ce que tout soit fait dans le respect des religions et des traditions. »

Travail local

L’association d’Annie-Paule voit le jour en 2004. À Paris, où elle réside, la journaliste lance cette « machine de la solidarité » après deux ans de préparation. Elle se tourne vers les femmes, piliers de l’éducation des enfants, pour rapprocher les communautés. Une règle d’or chez les Bâtisseuses de paix : « Ne jamais parler du conflit israélo-palestinien, sous peine d’exclusion de l’association » (voir encadré).

Le 19e arrondissement est un lieu idéal pour initier des rencontres : la population juive séfarade y vit en forte proportion. Grâce au soutien de la mairie de Paris et de celle du 19e, les démarches d’Annie-Paule lui permettent de disposer de lieux stratégiques. Une salle municipale est mise à la disposition des femmes de l’association et le centre culturel Danube les accueillent une fois tous les deux mois.

Visites de lieux de mémoire, dîners-débat et pique-niques s’organisent. Les thèmes sont toujours liés à ce qui a pu rapprocher les juifs et les musulmans à travers le temps. L’association compte quarante adhérents, mais ce chiffre ne reflète pas le taux de participation aux rassemblements.En effet, les femmes membres amènent leur famille, et s’attachent en particulier à ce que leur mari soit présent. « Je regrette qu’il n’y ait pas plus de femmes juives. Elles ont du mal à bouger dans le 19e », déplore Annie-Paule.

Sur les ondes

Mais la première des Bâtisseuses ne se décourage pas. Pour fédérer encore, elle lance des appels sur les ondes via Radio Shalom, qui lui a offert la possibilité d’enregistrer tous les mois une émission, La voix des femmes. Journaliste de presse écrite et de radio, Annie-Paule n’a aucun mal à animer et annoncer, dans les quinze minutes qui lui sont imparties, l’agenda des prochaines rencontres.

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Annie-Paule Derczansky aimerait s’exprimer aussi sur Beur FM
© Delphine Vaisset

L’émission est retransmise pour la première fois en décembre 2010.En février 2011, La voix des femmes réunit Pierre Djiki, président du centre culturel Danube, et Salah, musulmane du 19e : « J’ai grandi avec des amis juifs, raconte-t-elle. Aujourd’hui, j’aimerais retrouver cette proximité à Paris. »

Son message est sans ambiguïté : « Mesdames, n’hésitez pas à nous retrouver dimanche 20 mars prochain, à l’occasion de "Pourim expliqué à mon quartier et à mes copines". Réunissons-nous pour que nos enfants n’aient pas peur les uns des autres, et qu’il y ait de la tolérance ».

Les Bâtisseuses de paix misent sur la connaissance interculturelle pour une meilleure compréhension entre les différentes communautés. Un partenariat avec Beur FM est à l’étude. Annie-Paule y tient, pour que le message soit relayé de manière bilatérale et sur de plus larges ondes, car Beur FM est une radio nationale. L’association possède d’autre part une antenne à Lyon, et de nouvelles initiatives pourraient voir le jour dans d’autres villes françaises.

Objectifs précis

Dans un premier temps, Annie-Paule Derczanski et ses Bâtisseuses veulent amener les femmes juives orthodoxes du 19e à adhérer. Ensuite, elles aimeraient étendre l’impact des rencontres organisées par l’association au tout-Paris, avant d’essaimer dans la France entière. Les femmes souhaitent aussi poser une plaque commémorative à l’entrée de la Grande Mosquée de Paris, pour rappeler l’aide que les musulmans ont apporté aux juifs pendant la Deuxième Guerre mondiale. Et, encore et toujours, continuer à réunir les familles et les enfants pour démolir les clichés sur l’une ou l’autre des communautés.

« Le jour où les femmes des deux communautés comprendront qu’elles ne sont pas ennemies, que le conflit israélo-palestinien ne concerne pas leur citoyenneté et que leur intégration à la collectivité nationale est primordiale, alors nous pourrons dissoudre l’association  », conclut Annie-Paule.

Distinguer conflit et vie locale

Comment parler d’amitié entre juif et musulman en faisant abstraction du sempiternel conflit israélo-palestinien ? « Aucun d’entre nous n’est décisionnaire sur les questions politiques dans ces pays, indique Annie-Paule, alors à quoi cela sert-il d’en parler ? »

C’est la confusion induite par ce conflit qui est à l’origine de l’association : en 2001, au moment où la seconde Intifada gronde en Palestine, Annie-Paule est envoyée en reportage à Créteil. Une école juive et une synagogue ont été la cible de vandalisme. Le lien entre ces actes et la situation au Moyen-Orient semble évident.

Alors que le débat sur la recrudescence des violences antisémites – ou pas - fait rage au sein de la communauté juive, la journaliste comprend que la vrai question n’est pas là. Pour elle, il est primordial de « limiter l’impact des décisions politiques du conflit israélo-palestinien en France ». Son association lutte donc « contre les discriminations au sein de la même collectivité nationale ».

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1 commentaire
  • Bâtir la paix, le défi des femmes du 19e 10 mars 2011 21:03, par miclucas

    Felicitation pour votre engagement . il faut continuer le combat pour le rapprochement des differentes communautés et l INTEGRATION dans la societé francais au dela de tous les clivages confessionnels, ethniques ou politiques .

    Répondre


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