vendredi 1er juin 2012|
 

Didier Monin de l'Abracadabar,<br>« utopiste mais pas fou »

Même s’il en a confié la gérance à ses employés en 2008 pour développer de nouveaux projets, Didier Monin reste LE patron de l’Abracadabar, lieu underground de concerts et rencontres dans le 19e arrondissement de Paris. Entretien avec un rêveur.

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Homme de culture, Didier Monin a ouvert l’Abracadabar en 1999

Ses cheveux bouclés se meuvent comme ses idées : librement. Didier Monin, Parisien de 50 ans, est aujourd’hui un penseur. Il a créé l’Abracadabar, avenue Jean Jaurès, en 1999, quand le 19e arrondissement de Paris était un « no man’s land ». Il en a fait un lieu de rencontres et de bonne musique. Une scène qui explose à partir de 2004 et qui a été la première à accueillir le slam. Et les premiers pas de Grand Corps Malade.

Avant d’ouvrir ce lieu mythique, Didier connaissait déjà bien cet univers : il a contribué à la création du Divan du Monde, dans le 18e arrondissement, dont il était responsable des projets culturels. « J’ai toujours été au croisement du savoir, du savoir-faire et du spectacle. » En 2008, Didier cède la gérance du bar à ses employés et marque une pause, parce que « la pensée arrête l’action, et l’action arrête la pensée  », explique-t-il, en citant la philosophe allemande Hannah Arendt. Depuis, il est devenu un rêveur, ou mieux, un créateur d’utopies. Même s’il se garde bien « de définir ce qu’est une utopie », il a beaucoup lu à ce sujet et il cite les oeuvres qui l’ont nourri.

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« Je veux créer un lieu en contradiction avec les lois capitalistes. »

Aujourd’hui, Didier cultive un beau projet pour son quartier : l’ouverture d’un «  îlot utopique ». Si le nom laisse penser à quelque chose d’abstrait, l’idée est plutôt concrète. Il s’agit de répondre à l’appel d’offre de la Mairie pour un lieu aujourd’hui inutilisé : la Maison grise, située sur le quai de Loire, en face du Café Zoïde. L’ancien gérant de l’Abracadabar voudrait accueillir toutes les semaines une association humanitaire différente, pour qu’elle organise des événements artistiques et culturels. Une buvette associative sans alcools forts financerait ce projet.

La force de son idée est de parier sur l’altruisme du consommateur, en le laissant établir lui-même le prix de la boisson. « Ce pari économique n’est pas si risqué que ça  », note l’homme qui fait appel à son côté rationnel. Pas fou, il précise d’ailleurs que si le système ne fonctionnait pas, il reviendrait rapidement à un prix fixe minimum. Le rôle de Didier serait celui de supervision, d’organisation. Le reste du temps, il continuera à réfléchir, ou mieux, à rêver de ses projets. Afin de créer « une petite faille dans ce réel conditionné de notre société consumériste ».

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