jeudi 23 mai 2013|
 

Portrait d'un luthier solitaire

François Ettori est luthier et archetier, au 86 rue de la Villette dans le 19e arrondissement de Paris. Il loue, vend, achète, répare et règle des violons ou des contrebasses pour une clientèle de quartier et bien au-delà. Rencontre avec un orfèvre, un artisan exigeant et passionné.

Une boutique au début de la rue de la Villette, dans le 19e arrondissement de Paris, un bric-à-brac de cordes, d’archets, des violons suspendus, un établi, des outils. Nous sommes chez François Ettori, luthier. Ce loup solitaire est installé depuis plus de sept ans dans ce décor de rêve.

JPEG - 43.9 ko
Il y a près de 200 luthiers en France. Un métier qui prospère.

« Je crois ce qui m’intéressait dans le fait d’être luthier, c’était d’être seul, et que l’on ne m’emmerde pas ! » François reconnait volontiers s’être trompé sur ce plan. Contre toute attente, luthier est un métier de relations publiques « mais qui a du sens. » précise-t-il. Au fil du temps il a appris à aimer le rapport que les gens entretiennent à leur instrument.

Pour ce trentenaire discret, « régler un violon ou une contrebasse, c’est faire de la psychologie. » En effet l’instrument change de son, en fonction de la respiration ou de l’état d’esprit du musicien. « Seuls les luthiers imbus d’eux-mêmes pensent qu’ils font le son, mais au final c’est le musicien qui appuie sur la corde et fait son vibrato. »

Il travaille avec des musiciens professionnels, restaure des instruments, fabrique des archets et fait aussi de la location pour les enfants du quartier. Autre corde à son arc, la vente d’instruments anciens que l’on trouve dans des salles des ventes ou les greniers «  et vendus aussi par les gens du voyage. C’est la partie la plus bigarrée du boulot. » explique François. Même si les négociations sont parfois âpres et les réseaux de confiance difficiles à obtenir, « ils ont une très grande culture de l’instrument, sans savoir lire, souvent. »

Seul dans son atelier-boutique, il regrette de ne pas pouvoir transmettre son savoir à un apprenti. « J’ai le volume de travail mais pas les moyens. Pourtant enseigner fait progresser. Quand vous bossez en autarcie, vous oubliez pourquoi vous faites tel geste. C’est très enrichissant. » Lui-même a un maître archetier. Il gagne entre 1000 et 2000 euros par mois, mais « je n’ai pas fait ça pour l’argent. » dit-il en souriant.

JPEG - 44.5 ko
François Ettori juge la situation des musiciens classiques très difficile. Ils achètent parfois leurs cordes à crédit.

Pour être luthier, pas nécessaire d’être musicien. « Ce qui compte c’est l’intelligence du geste, savoir réfléchir en plusieurs dimensions, être efficace et patient. » François compare son travail à celui de l’ébéniste et du bijoutier quand il fabrique des archets. Il utilise des matières premières similaires : l’argent, la nacre, l’ébène, l’os, l’ivoire, le cuir, le crin.

Sa vocation ? François n’est pas issu d’une famille de musiciens. Mais enfant, il a passé de nombreuses heures dans l’atelier de son grand-père, très manuel. « J’ai fait la jonction entre sa main et la guitare familiale. Un jour je me suis dit qu’il y avait un métier entre la musique et le bois. » Il entre alors une école de luthier, en Angleterre, puis sous-traite pour des grandes maisons de la rue de Rome à Paris et s’installe enfin dans les hauteurs du 19e.

« Je me suis établi ici par hasard, car j’habitais rue de Crimée. » raconte-il. Le luthier aime bien la rue de la Villette et son côté calme, à proximité des buttes-Chaumont. «  Bien que parfois ça ressemble à un bureau de poste, ici. » plaisante-il. Et puis très vite, il retrouve la solitude de son atelier.

Où ça se passe:

Découvrez tous nos articles géolocalisés sur le 19eme arrondissement en un clin d'œil

Partagez cet article:


Un message, un commentaire ?
  • (Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.)

Les commentaires sont modérés à priori, soit avant publication sur le site. Dixneufinfo.com ne publiera pas les contenus illicites. N'hésitez pas à déclarer tout contenu que vous jugeriez illicite à l'adresse mail redaction@dixhneufinfo.com