mardi 10 février 2015|
 

Da Cruz, street artiste et combattant du 19e

Street artiste reconnu, Da Cruz essaime ses œuvres le long de la rue de l’Ourcq, dans le 19e arrondissement de Paris, son quartier de toujours. Ses motifs picturaux sont devenus l’identité du quartier. Pour lui, ils symbolisent aussi sa lutte contre le changement du quartier qui peu à peu cesse d’être populaire. Portrait.

La couleur est son arme et les murs d’Ourcq son terrain. Du vert, du rouge, du orange, du bleu, du cyan, du orange, du rose, du mauve, du magenta... À coup de bombe ou de rouleau de peinture acrylique, Da Cruz redonne vie à son quartier, dans le 19e arrondissement de Paris. Il se donne un profil multiple : graffeur, plasticien, urbaniste, acteur socio-culturel. En un mot, Da Cruz est un artiste. Et sa lutte est tout à la fois esthétique et politique.

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Da Cruz présente les fresques rue de l’Ourcq lors de la balade organisée par Tourisme 93.

« J’ai commencé à peindre ici il y a huit ans parce que je sentais que ça allait changer ». Lunettes de soleil éclaboussées de peinture dorée sur le front, Da Cruz, 35 ans, revient avec humour et simplicité sur l’origine de ses fresques pour la petite troupe de 25 personnes venues assister, ce vendredi d’août 2012, à une balade sur “l’art du graff” organisée par l’office du tourisme du 93 (Seine Saint-Denis). « Au départ les gens me prenaient pour un barge à peindre comme ça ! »

Puis, les habitants ont pris sa défense. « Une association de quartier s’est adressée à la voirie pour qu’elle arrête d’effacer mes graffs » raconte Da Cruz qui n’a jamais eu d’autorisation officielle pour exercer son art dont le style est reconnaissable au premier coup d’oeil. Des visages naïfs aux airs de masques incas, dessinés de traits noirs en à-plats. Essaimées le long de la rue de l’Ourcq, ces oeuvres sont devenues l’identité du quartier Ourcq.

Son but est de « marquer les esprits et réveiller les consciences » afin de « faire parler des choses ». Des choses ? Quelles choses ? Ce changement à la violence sourde qui l’a contraint à quitter son quartier et sa maison voilà quatre ans. Une transformation radicale qui signe la fin du caractère populaire du quartier et de ses vestiges industriels. L’usine CPCU est tombée et a laissé place à un projet immobilier aux accents américains, Canal Square, dont les logements sont vendus à 10 000€ le mètre carré.

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16, rue de l’Ourcq, là où Da Cruz a vécu les 32 premières années de sa vie.

Pendant 32 ans, lui et ses parents d’origine portugaise ont vécu 16 rue de l’Ourcq, où ces derniers étaient gardiens. Aujourd’hui, à cette adresse ne reste qu’un immeuble aux fenêtres murées affublé d’une pancarte publicitaire sur laquelle un homme et une femme posent devant un bâtiment flambant neuf. “Métamorphoses” annonce le slogan et nom du projet immobilier. « On se fout de notre gueule, s’exclame Da Cruz en prenant les visiteurs à témoin, ça veut dire “votre quartier il est pourri” ! ». Ou bien « vous allez tous devenir blanc », suggère ironiquement un homme de l’assistance en référence au couple de la photo.

Les deux premières années, il sévit seul, principalement autour de l’ancienne usine CPCU. Petit à petit, vient la reconnaissance de ses pairs. De la Bretagne à Philadelphie en passant par le Guatémala, une quarantaine de street artistes du monde entier sont venus s’associer à la performance artistique. La culture Hip Hop dont est originaire le graffiti (ou graff) est internationale. « La rue est connectée avec toutes les rues du monde », sourit Da Cruz.

Lui aussi a voyagé. L’ancien petit garçon qui adorait la série télé animée Les Mystérieuses cités d’or, se rend au Pérou il y a dix ans. En Amérique latine il prend conscience de la richesse de son quartier et trouve le fond de ce qu’il souhaite créer : un travail de représentation humaine qui mêle le physique et le mystique, le symbolique et le mythologique. Il continue de s’enrichir et d’échanger au gré des voyages. En Afrique aussi. Il a organisé le départ de jeunes gens du 19e au Burkina Fasso « pour qu’ils découvrent l’art tribal ». Au printemps dernier Da Cruz a participé à un festival de graff à Dakar.

dA cRuZ au festigraff 2012 de Dakar from Noom on Vimeo - Vidéo de Nourdine Oumeddour qui suit Da Cruz depuis plus d’un an et demi.

Avant de “se trouver” et de créer son motif pictural, Da Cruz a tatonné. « J’ai fait mes tout premiers tags au fond de la cité Ourcq quand j’étais ado. » Il ne taguait pas encore “dAcRuZ”, son nom de street artiste qui, une fois n’est pas coutume dans le milieu, est aussi son nom de famille. Aujourd’hui encore il aime renouer avec ce côté vandale : braver les interdits, prendre des risques et sentir monter l’adrénaline. Même s’il avoue dans un sourire timide être l’auteur des tags qui entourent certains de ses graffs.

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Une dame âgée a insisté fortement auprès de Da Cruz pour qu’il réécrive cette phrase : "Va-nu-pieds tête haute", car son père la lui répétait durant l’occupation.

Artiste autodidacte, il continue à explorer les techniques autant que les supports. La bombe, l’acrylique, la mousse extensible, le bodypainting, la sculpture, la taille de marbre, de granite, de béton... Il expérimente encore et toujours. Ses influences outre les cultures latino-américaines ? Il en a trop. Le Hip Hop et sa culture du sample (prélever et réorchestrer les oeuvres existantes) lui ont ouvert les portes à toutes les formes de culture. Mais s’il ne fallait citer qu’un seul artiste, ce serait Kandinsky, « pour la couleur ».

« Da Cruz est authentique », résume Patrick Le Fur qui a signé un livre sur le street artiste chez Critères éditions. Il a su garder le côté street de son art, tout en amenant la rue dans les galeries et les musées. Avec ses acolytes Artof Popof et Marco 93 (ensemble ils forment le collectif PoDoMa) il repeint officiellement, dans le cadre du festival Ourcq en fête, le bâtiment des douanes de Pantin avant sa rénovation. En 2010, il a été invité par la bibliothèque du centre Pompidou à réaliser une fresques. Et depuis quatre ans, Da Cruz vit de son art.


Making Of - Dreamlands by Da Cruz - Expo Centre... par wiseevideos - Laura Ghazal

« Le 19e que j’aime ? Ça ne se décrit pas, ça se vit ». Da Cruz est assis sur un banc fait de deux pots de fleurs et d’une planche de bois qui manque de basculer dès que quelqu’un se lève. Il est près de 20 heures un samedi, une quinzaine de personnes se sont données rendez-vous dans un ancien jardin partagé, fermé dans l’attente des travaux qui transformeront le lieu en crèche municipale. Deux barbecues flambent, le poulet grille. Les convives discutent, rigolent, partagent plats et boissons. Le lendemain, une fresque de Da Cruz orne le mur. Rouge et souriante.

La prochaine balade dans le 19e avec Da Cruz aura lieu le 7 septembre 2012 à 18h
Réservations ici
Da Cruz, Patrick Le Fur, Critères Editions - 10,10€

info portfolio

Google Street View d'une oeuvre de Da Cruz aujourd'hui (...) Rue de l'Ourcq des travaux recouvre une oeuvre de Da Cruz. Devant l'ancienne usine CPCU dans le 19e. ©Adèle Ponticelli Da Cruz peint le bâtiment des douanes de Pantin. ©Adèle Ponticelli Da Cruz peint le bâtiment des douanes de Pantin. ©Adèle Ponticelli Devant le bâtiment des douanes de Pantin. ©Adèle Ponticelli Google Street View d'une oeuvre de Da Cruz aujourd'hui (...) Oeuvre emblématique de Da Cruz aujourd'hui disparue. Google Street (...) Graff de Da Cruz devant l'usine CPCU avant sa destruction, (...) Début de la balade : quai de l'Oise. Rue de l'Oise. À l'angle des rue de l'Ourcq et de l'Oise. Fresque rue de l'Ourcq.©Adèle Ponticelli Fresque rue de l'Ourcq.©Adèle Ponticelli

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1 commentaire
  • Da Cruz, street artiste et combattant du 19e 2 août 2014 00:00, par MICHEL77

    Da Cruz tu es un grand artiste !

    Grâce à toi le street-art est du grand art digne de la grande peinture.

    Tu seras unjour dans les grands musées.

    A bientôt de te rencontrer rue de l’Ourcq où grâce à ton oeuvre j’ai fait de superbes photos.

    jJ’ai participé à une visite Tourisme 93 du quartier que tu commentais.Formidable !

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