mercredi 22 mai 2013|
 

Armel Louis, libraire indépendant et passionné

Fondateur de la Lucarne des Ecrivains, petite librairie indépendante de la rue de l’Ourcq, dans le 19e arrondissement de Paris, Armel Louis se bat pour faire vivre sa boutique. Installé dans le quartier depuis cinq ans, il a su attirer un public toujours plus nombreux et diversifié. Portrait.

Vue de l’extérieur, la petite librairie du 115 rue de l’Ourcq, dans le 19e arrondissement de Paris, ne paye pas de mine. Située au cœur d’un quartier populaire, dans une rue excentrée, elle semble bien isolée. Pourtant à l’intérieur, les quelques 10 000 livres, qui trônent fièrement sur des étagères en bois artisanales, attirent fins connaisseurs et simples curieux. Les pages jaunies des livres les plus anciens n’attendent que d’être tournées et l’odeur qui en émane a quelque chose d’envoûtant.

L’indépendance comme seul mot d’ordre

Créée en septembre 2006, La Lucarne des Ecrivains est devenue, en quelques années, un lieu culturel incontournable du quartier. Derrière son comptoir, Armel Louis accueille chaleureusement les clients. Ses yeux vifs et la courte mèche qui lui tombe sur le front lui donnent un côté sympathique. Libraire de formation, celui qui « vient de fêter son demi-siècle » a pour habitude de parler vite et sans détours. Conseiller habile, il ne rate pas une occasion de faire découvrir de nouveaux auteurs à ceux qui passent la porte de la librairie.

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A la Lucarne des Ecrivains, 95% des livres sont neufs. Le reste est généreusement donné par les habitants du quartier. Une manière de créer des liens et de donner une seconde vie à ces ouvrages.

Il ne lui faut pas plus de quelques minutes pour satisfaire les demandes de chacun. « Ca, c’est un libraire, s’exclame une vieille dame, auteure et cliente fidèle, il sait où sont rangés ses livres ! » Armel esquisse un sourire et entame la conversation. L’homme a la bougeotte et ne peut s’empêcher de partir à la recherche du livre qui dépasse légèrement d’une étagère, ou de celui qui n’est tout bonnement pas à sa place. Il range alors minutieusement les ouvrages indisciplinés, tout en continuant la discussion. C’est devenu un réflexe, presque une manie.

Plus qu’un commerce, la Lucarne des Ecrivains est un projet. A l’origine, trois auteurs, un libraire et un seul objectif : « mettre en valeur les 80% de livres ignorés par la grande distribution ». Marc Albert, dit Zeglobo Zeraphim, Jacques Cassabois et Claude Duneton se sont ainsi associés, dès 2005, avec Armel Louis, pour créer l’association "La Lucarne des Ecrivains". Un an et quelques prêts plus tard, la librairie du même nom ouvrait ses portes. L’aventure pouvait commencer.

De la vie et de l’animation

Dès le début, Armel Louis avait imaginé sa boutique comme un lieu animé et riche de culture. Poésie, théâtre, romans policiers, nouveautés, la Lucarne des Ecrivains dispose ainsi d’un large choix d’ouvrages. Une importante section jeunesse propose également des livres scolaires et parascolaires ainsi que des collections plus rares, comme ces Encyclopédies Larousse du XXe siècle que l’on ose à peine toucher. Tout autour, 15 mètres de mur sont dédiés à des expositions de photographie, de peinture, ou encore, de gravure. En ce moment, « Traversée jour après jour », présente les photographies de Laurence Dugas-Fermon, jusqu’au 27 août 2011.

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La Gazette de la Lucarne a été créée un an et demi après l’ouverture de la librairie. Elle réunit nouvelles et récits, ainsi que le programme des activités de la Lucarne des Ecrivains.

Et puis, au beau milieu de la section jeunesse, une estrade attend patiemment le prochain rendez-vous des fidèles. Une fois les meubles déplacés et une trentaine de chaises installées, les rencontres littéraires, spectacles et autres soirées peuvent débuter. Armel Louis organise pas moins de 120 rencontres par an. « Soit 200 auteurs différents dans l’année et à peu près 75 peintres, chanteurs, musiciens, comédiens et autres artistes », calcule-t-il.

D’autre part, la Lucarne des Ecrivains publie régulièrement une gazette, dans laquelle Armel Louis rédige quelques textes courts. « La Gazette de la Lucarne » en est aujourd’hui à son numéro 39. Une édition un peu particulière intitulée « Autoportraits, autopsie et autodérision », dans laquelle une vingtaine d’auteurs s’adonnent avec humour et dérision à l’exercice de l’autoportrait.

« Un lieu où l’on a envie de passer du temps »

Quand il n’expose ou n’anime pas, Armel Louis reçoit. D’ailleurs, personne n’entre à La Lucarne des Ecrivains pour acheter un roman au plus vite et s’en aller aussitôt. Au contraire, les clients en profitent pour flâner dans les rayons, caresser les livres comme on effleure des objets précieux, sentir l’odeur des pages qui se tournent et surtout, discuter quelques minutes avec le maître des lieux. Car Armel Louis ne manque pas d’humour, et prend le temps de rigoler franchement avec ses clients. Il s’intéresse à leurs problèmes quotidiens et sait les écouter. « Une librairie, c’est un lieu où on a envie d’être, de passer du temps, affirme-t-il, pas forcément entre des boîtes de sardines et des langes pour enfants, ni avec un Top50 du n’importe quoi. »

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Armel Louis, qui ne connaissait pas le 19e arrondissement auparavant, habite aujourd’hui Avenue de Flandre, à deux pas de sa boutique.

Le libraire travaille seul et consacre aujourd’hui 70 heures par semaine à son activité. « J’avais quelqu’un à mi-temps avant, explique-t-il, mais avec la crise, j’ai dû m’en séparer. C’était ça où je mettais la clef sous la porte. » Car si le marché du livre se maintient en France avec des recettes atteignant les 4,2 milliards d’euros en 2010, le chiffre d’affaires de La lucarne des écrivains a lui baissé de 10% en deux ans. « Je suis toujours sur la corde raide, confie-t-il. C’est un travail d’équilibriste, on ne sait jamais si on sera encore là l’année suivante. »

Mais les difficultés du métier n’ont pas suffi à éloigner Armel Louis de sa passion. Les livres, il les côtoie depuis son plus jeune âge. « "Un drame en Livonie", roman policier de Jules Verne est un des premiers livres à m’avoir marqué, se souvient-il, ou encore "Le Corsaire Rouge" de James Fenimore Cooper et puis bien sûr, Victor Hugo que je lisais quand j’avais 12 ans. » A 19 ans, il fait ses débuts à la librairie du Lycée, dans le 8e arrondissement, et développe rapidement cette envie d’indépendance.

Un « pari risqué »

Petit à petit, il voit le métier se dégrader et se retrouve au chômage. « A partir de là, on me proposait de travailler dans des endroits que je vomissais, proteste-t-il, des grandes surfaces ou des espaces culturels par exemple. » Pas question pour lui d’intégrer un environnement dans lequel « les gens ne choisissent pas leurs livres et où même la place des ouvrages est définie à l’avance par des plans de table ». Pour résister à ce phénomène, Armel Louis décide alors de se mettre à son compte.

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Certains clients viennent spécialement de banlieue pour profiter de ce lieu que tous considèrent "unique".

« C’était un pari risqué, admet-il, surtout en m’installant dans la partie la plus pauvre du 19e. » Mais le libraire, loin de se décourager, a su attirer une clientèle variée. Erudits, novices ou simples passants, la Lucarne des Ecrivains attire tous les publics et met tout le monde d’accord : « c’est un lieu unique, affirme l’essayiste et artiste Zeglobo Zeraphim, cofondateur de la librairie, les yeux pétillants sous son chapeau noir, ça fonctionne très bien et les gens viennent de loin pour voir Armel. » « C’est vrai, renchérit une cliente, moi je viens de Montreuil, et j’attends une amie qui vient d’encore plus loin. Je lui ai dit qu’elle devait absolument connaître cet endroit. »

Armel Louis raconte ne pas lire plus d’un ou deux livres par semaine. « Pour pouvoir s’imprégner d’une lecture, il faut savoir prendre le temps. Sinon, c’est du feuilletage. » Actuellement, il lit un roman historique à paraître en septembre 2011. Un prince doit venir, de Pierre Lepère. Et quand on lui demande s’il compte écrire un jour son propre roman, il répond simplement qu’il n’a jamais vraiment réfléchi à la question.

Infos pratiques
La Lucarne des Ecrivains - 115, rue de l’Ourcq
01 40 05 91 51

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4 commentaires
  • Armel Louis, libraire indépendant et passionné 1er août 2011 20:03, par Michèle Sébal

    Ravie d’en savoir un peu plus sur cette fameuse Lucarne. Je ne suis pas parisienne, mais j’adorerais venir faire une petite séance de lecture, échanges, dédicaces, partage avec d’autres auteurs, les lecteurs... et bien sûr, le libraire :-).
    Bien belle soirée, Armel.
    Michèle

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  • Armel Louis, libraire indépendant et passionné 26 septembre 2011 20:22, par miclucas

    Quel bonheur ! je ne connaissais pas cette librairie et je vais m y rendre tres rapidement . Il faut absolument soutenir les petits libraires qui se font bouffer par les FNAC et compagnie ; Cela etant , l environnement n est guere propice : N oublions pas que le 19 eme est l arrondissement ou la population est la plus pauvre, constitué de 35 pour cent d hlm , et de populations migrantes . il faut donc que la mairie du 19 eme cesse de construire des HLM et fasse venir des classes moyennes , qui, elles achetent des livres .Souhaitons que la renovation du secteur ourcq jaures amene une population moins pauvre et plus cultivée qui aura la curiosite de pousser la porte de cette librairie qui positive notre environnement .

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  • Armel Louis, libraire indépendant et passionné 9 septembre 2012 14:04, par Keskia

    ..."Il faut donc que la mairie fasse venir des classes moyennes"...
    Ne faudrait-il pas dire : "il faudrait que les pauvres puissent avoir les moyens financiers et culturels pour fréquenter les librairies." ?
    Question ouverte...

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  • Armel Louis, libraire indépendant et passionné 17 septembre 2012 20:06, par miclucas

    Si les pauvres peuvent avoir les moyens financiers et culturels pour frequenter les librairies ; ils entrent des lors dans la classe moyenne . Mais ne soyons pas sophiste ou dialecticien , il faut tout simplement moins de pauvrete dans le 19 eme et un peu plus dans le 16 eme ( qui s oppose comme vous le savez a plus d HLM sur leur "territoire ). Le combat est tout simplement un juste equilibre entre les arrondissements de l est et de l ouest parisien .

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