
Roger Madec, dont c’est le troisième mandat, ne briguera pas la mairie du 19e en 2014.
Dans l’interview qu’il a accordé à Dixneufinfo, Roger Madec, maire du 19e arrondissement de Paris, détaille les grands dossiers de sa dernière mandature. Sans nier les difficultés auxquelles les habitants sont confrontés, il estime que la mauvaise image dont pâti le 19e est largement galvaudée. Dans une vidéo tournée lors des premiers tours de roues du tramway T3, le maire souligne aussi son attachement à ce nouveau mode de transport.
Vous habitez le 19e arrondissement depuis longtemps. Qu’est-ce qui a changé dans le quartier ?
Ca fait longtemps effectivement que j’habite le quartier. Ca fait toujours un choc quand je calcule. 40 ans ! Ca a énormément changé. J’ai connu une partie du 19e industriel, j’ai assisté à son déclin. A cette époque, il y avait encore des usines dans l’arrondissement, de grandes usines. J’ai connu la fin des abattoirs de la Villette. C’était un arrondissement très varié. Les beaux immeubles ont toujours existé mais il y avait beaucoup d’immeubles anciens et c’était un arrondissement populaire. J’ai assisté à un grand chambardement de l’arrondissement.
Y a-t-il des choses du 19e de cette époque que vous regrettez aujourd’hui ?
On ne va pas contre le courant de la modernisation, les industries dans Paris, c’est fini. Il y a déjà de moins en moins d’industries en province. Ce que je regrette, c’est qu’il y a eu une grande période de rénovation et c’était la grande mode de démolir tout ce qui était ancien. On a démoli du patrimoine fabuleux. Avenue de Flandre, des immeubles de caractère sont tombés. Je le regrette parce que maintenant, depuis 2001 notamment, on réhabilite des choses qui ont un caractère patrimonial moindre. Les aménagements des années 1970, les grands ensembles, la place des fêtes, l’avenue de Flandre qui est un peu impersonnelle. Je ne suis pas conservateur mais j’ai vu des bâtiments tomber et aujourd’hui, on réhabilite des choses qui ne leur arrive pas à la cheville.
Insalubrité, trafic de crack, faits divers, le 19e arrondissement continue à avoir mauvaise presse. Aujourd’hui, sommes-nous sortis de cette image ?
C’est une image qui nous colle à la peau. Je ne suis pas évangéliste, je ne vais pas nier et dire que tout va bien, que tout est parfait. Oui il y a des difficultés, mais ce n’est pas pire que dans le 18e, le 20e ou le 13e. Il y a une forte médiatisation sur ces problèmes. Je ne suis pas pour cacher les choses mais y pointer les projecteurs ne règle pas les problèmes. En ce qui concerne l’habitat insalubre, c’est quasiment réglé. Il y a ça et là des immeubles insalubres qui restent mais il n’y a plus de poches d’insalubrité. Le trafic de crack existe encore, mais il est résiduel. Les faits divers, hélas, sont un petit peu liés à la présence de grands ensembles de logements sociaux. La cité du grand Michelet, c’est 1 800 logements. Ce sont des petits quartiers de banlieue dans Paris. Ce sont des erreurs, des choix politiques qui ont été faits par nos prédécesseurs. Fatalement, ces grands ensembles ont leurs cohortes de dérives mais ce n’est pas du tout Chicago, loin s’en faut.
En plus, toutes les séries policières sont tournées dans le 19e, je n’en peux plus ! Je vous jure, après, dans la tête des gens qui reconnaissent les paysages, les associations se font très facilement. Il y a des problèmes, je ne le nie pas, mais c’est le jour et la nuit par rapport à ce qu’on a pu connaître.
Que répondez-vous aux riverains qui se plaignent de la prostitution sur les boulevards des Maréchaux ?
C’est lié au contexte des chantiers, on est dans un entre deux. Les premiers immeubles sont livrés mais on est loin de la fin des travaux d’aménagement. Il y en a encore pour deux ans donc l’environnement est propice. Les palissades favorisent la prostitution.
Est-ce un phénomène nouveau dans ce quartier ?
Il y avait eu de la prostitution à cet endroit il y a dix ans, puis ça s’était tassé. Avec tous les travaux d’aménagement du tram, le quartier est un peu désorganisé donc elle s’est regroupée là. Et puis c’est tranquille, il n’y a pas un habitant ! Le commissaire de police fait de grosses opérations “coup de poing” : ça désorganise “le commerce” et naturellement les clients. Et puis les habitants arrivent, il va y avoir des commerces, la voirie va être faite, il y a le tram. Je ne suis donc pas trop inquiet. Tout ça va rentrer dans l’ordre des choses.
Dans un article du Parisien du 21 janvier dernier, un riverain déclarait que “si ces prostituées avaient fait leur feu sur les boulevards des Maréchaux dans le XVIe, le problème aurait été déjà réglé. Mais le XIXe, la préfecture de police s’en fout !” La préfecture de police s’occupe-t-elle moins du 19e ?
Disons que je ne suis pas l’apôtre de la préfecture de police, ce n’est que la courroie de la politique de sécurité du ministère de l’Intérieur. Je pense que c’est plus compliqué que ça. Disons que le 19e n’est pas une des priorités. Mais c’est un raccourci de comparer avec le 16e.
Autre sujet, le premier Conseil d’arrondissement a eu lieu lundi 30 janvier. Ces conseils sont en général très courts dans le 19e arrondissement. 1h30 en moyenne contre 3h30 dans le 18e et deux heures dans le 10e arrondissement. Pourquoi ?
Je ne vois pas pourquoi on ferait durer. La parole est libre si quelqu’un veut intervenir. Quand il n’y a rien à dire, je pense qu’il est inutile de prolonger les débats. Il y a des délibérations consensuelles où tout le monde vote mais il y en a certaines où les positions sont tranchées et les positions peuvent s’exprimer. Il n’y a pas de censure. C’est sans doute une question d’organisation ou il y a moins de délibérations chez nous. Je ne peux pas vous dire, je n’ai jamais eu la curiosité d’aller pousser la porte ni dans le 18e, ni dans le 10e.
Lors du dernier Conseil d’arrondissement, vous avez interrompu Violette Baranda, élue de l’opposition (Modem), qui s’était déjà exprimée plusieurs fois en lui disant : “ceci n’est pas un dialogue”. Pourtant, vous dites que la parole est libre en Conseil d’arrondissemnt.
Non ce que je voulais dire, c’est qu’on ne prend pas la parole comme ça. Si vous n’organisez pas les débats, c’est le bazar. Il n’y a pas de problème, la parole est libre mais il faut lever la main. On ne prend pas la parole comme ça spontanément devant toute une assemblée. A l’Assemblée nationale ou au Conseil de Paris, c’est plus contraignant, il faut s’inscrire à l’avance. Là il suffit de lever la main. C’est ça que je voulais dire.
Lors de ce Conseil, l’EHPAD* Colmar-Thionville a crée le débat. Quelle est la situation des EHPAD dans l’arrondissement aujourd’hui, combien y en a-t-il ?
Alors, il faut que je compte sur mes doigts ! Herold, Amaraggi, René Fonck, Tailleferre, Zac Claude Bernard, Colmar-Thionville. Six. C’est nettement insuffisant mais on a fait de gros progrès. Comme je l’ai dit en Conseil de Paris, avec l’allongement de l’espérance de vie, il se trouve que les gens vivent plus vieux avec parfois des pathologies qui se développent sur le tard, qui sont lourdes. Tout cela fait que ces aînés ne peuvent pas rester chez eux, n’ont plus de famille ou les familles ne peuvent plus les prendre en charge donc on est quand même bien contents d’avoir des EHPAD dans Paris intra-muros.
L’élue Modem, Violette Baranda, est intervenue à plusieurs reprises contre ce projet. Pourquoi ça crée un tel débat ?
Violette Baranda essaye d’enfourcher des thèmes qui agrègent une partie de la population. Le monsieur d’un certain âge qui intervient au nom d’un collectif, c’est qu’il ne veut pas avoir un immeuble en face de chez lui, c’est tout. Ca aurait été autre chose qu’un EHPAD, ça aurait été pareil. C’est facile de dire “ah là là c’est trop grand”. S’ils visitaient l’EHPAD Herold, ils verraient que ce n’est pas un mouroir. Naturellement ça n’a pas le cachet de son domicile. Moi ma pauvre mère est dans un EHPAD en province, et bien j’aurais préféré l’avoir à domicile mais c’est tout à fait correct, ce n’est pas du tout ce qu’on a pu connaître dans les années 50.
Vous avez annoncé que vous ne vous représenterez pas en 2014, qu’est-ce qu’il vous reste à faire avant votre départ ?
J’ai quelques dossiers qui me tiennent à coeur comme la Halle Secrétan. C’est un peu compliqué, je pense que pour la fin 2014, elle sera réouverte. Je suis très content du tram sur MacDonald, Claude Bernard. Ce sont des projets qui me tiennent à coeur. Je les ai un peu initié donc j’aimerais bien les voir achevés. Ceci dit, si ce n’est pas fini à quelques mois près, ce n’est pas dramatique. La vie continuera après moi.
Une fois 2014 passé, qu’est-ce que vous allez faire ?
Je n’ai pas l’intention de me substituer au futur maire. Pas du tout. Je serai dans l’arrondissement puisque je suis un habitant du 19e et puis je suis parlementaire jusqu’en 2017. Trois mandats, ça suffit, place aux plus jeunes ! Et puis je pense qu’il faut un peu changer d’air de temps en temps. Ce n’est pas très sain. Je ne suis pas pour quantifier, c’est à chacun de voir mais pour moi trois mandats c’est bien.
*EHPAD : Etablissement pour personnes âgées dépendantes.
Propos recueillis par Amandine Briand et Mathieu Dehlinger.
Vidéo : Roger Madec et le Tramway T3
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