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Jean-Christophe Cambadélis est député socialiste de la XXe circonscription de Paris depuis 1997, qui comprend la majeure partie du 19e arrondissement. Se définissant volontiers comme un politique plutôt qu’un homme de terrain, celui-ci explique son rôle et son action dans l’arrondissement. Il donne aussi son point de vue sur l’insécurité et le départ des classes moyennes. Rencontre avec un proche de Dominique Strauss-Kahn qui croit au travail collectif.
Dixneufinfo.com : Comment voyez-vous le 19e arrondissement ?
Jean-Christophe Cambadélis : Cet arrondissement de l’Est parisien est contrasté, avec une forte tendance populaire. Il y a de tout, des bobos, des fonctionnaires, des gens en difficultés, des immigrés, des femmes au chômage. On y trouve un pôle technologique avec la Cité des sciences à la Villette, culturel avec la Cité de la musique. De ce point de vue, la Philharmonique est un grand succès pour l’arrondissement. Le 19e est une petite ville à lui tout seul.
Comment jugez-vous son évolution ?
L’arrondissement a beaucoup évolué grâce au travail de Roger Madec et de son équipe. Ils se sont attachés à le rendre attractif, à lui donner un caractère mixte et à favoriser le tissu associatif.
Le 19e était un « Sarcelle » dans Paris, une cité dortoir. On venait là quand on rentrait dans Paris car c’était l’endroit le moins cher. Je regrette vraiment le "massacre" de la Place des fêtes, conséquence des années Chirac. Si on l’avait gardé intacte, aujourd’hui ça serait le Greenwich village de Paris. Cela aurait porté l’ensemble de l’arrondissement.

- Jean-Christophe Cambadelis a 60 ans cette année. Il pense briguer un autre mandat de député.
Comment êtes-vous arrivé dans le 19e ?
Vivant dans le 18e arrondissement, je suis arrivé par hasard dans le 19e. J’avais alors un petit pécule et je cherchais à acheter un appartement, avec ma femme. J’ai trouvé un dernier étage avec une terrasse au-dessus. On débutait dans la vie, on y est resté pendant vingt ans, jusqu’au moment où nous avons divorcé. Aujourd’hui, j’habite le 11e, à République.
Comme articulez-vous votre action de député avec celle de la mairie ?
Je ne cumule pas donc je n’ai pas d’activité municipale. Je suis un appui pour la municipalité pour obtenir des arbitrages favorables. Mon travail consiste en un aller-retour entre le terrain et l’Assemblée Nationale. Je suis plus un politique qu’un homme de terrain, mais je suis présent dans le 19e toutes les semaines, lors des permanences.
J’ai un mode de fonctionnement collectif, je ne crois pas à la personnalité qui travaille seule. J’agis collectivement avec la mairie, mon équipe et le mouvement associatif. Cela est dû à ma culture et à mon histoire. On est connu comme la « bande du 19e » ! Ça se passe bien entre nous, ce qui n’est pas toujours le cas chez les socialistes !
Quels sont les sujets abordés lors de vos permanences ?
Les gens ne nous parlent pas politique. Ce sont souvent des personnes en détresse. Les demandes de logements, de cartes de séjour sont le lot quotidien du parlementaire.
Il y a 10 000 demandes de logements dans l’arrondissement. On a une vraie pression et les demandeurs ne comprennent pas les procédures d’attribution de logements sociaux. Ils ont en tête que le maire ou le parlementaire peuvent faire ce qu’ils veulent. La culture du passe-droit est très présente, même si la majorité des gens déteste cela.
Aujourd’hui, il y a aussi des requêtes sur des questions d’impôts ou d’emploi. Les gens sont prêts à prendre n’importe quoi pour travailler.
Comment favorisez-vous le tissu associatif du 19e ?
Je suis sollicité par les associations pour des demandes de subventions. Je fais alors le lien avec la Région Ile de France et l’État. Parce que le travail politique est collectif, les associations sont très importantes. Ce sont des relais du travail parlementaire. Ici, il y a un gros travail associatif spécifique au 19e. Ce qui le rend assez vivant et crée de la solidarité et de la convivialité.

- Jean-Christophe Cambadelis, ici au Pavillon du Lac, aux Buttes-Chaumont. Il est en charge des questions internationales au PS
Un thème récurrent dans l’arrondissement est l’insécurité. Quelle est votre analyse de la situation ?
Les gens ont intégré l’insécurité comme une donnée constante. Aujourd’hui, notre gros point noir est à Belleville, à cause des biffins. C’est un problème de pauvreté, de sécurité, mais aussi sanitaire. Les gens du quartier ne le supportent plus.
Le crack est toujours à Stalingrad. Place des Fêtes, il y a un retour à la stabilité. L’implantation du commissariat commence à produire ses effets, ainsi que la maison des associations. La cité Michelet est plus calme. Les trafiquants se sont déplacés.
Je note un mécontentement perlé sur ces questions d’insécurité. Mais les gens ne nous tiennent pas complètement responsables de la situation. Ils savent que le Préfet a le pouvoir de police et que la municipalité réagit vite. Roger Madec est conscient que plus il y a de la délinquance, plus l’arrondissement perd en visibilité, moins les couches moyennes y viennent.
Un reproche est souvent fait à la municipalité, de ne pas avoir su conserver les classes moyennes ? Qu’en pensez-vous ?
Je pense que les classes moyennes et les bobos quittent l’arrodissement pour des raisons scolaires. Ce n’est pas dû à l’urbanisme, ni à l’insécurité, mais au fait que l’arrondissement soit déshérité en terme de collège et de lycée. Si voulez être dans de bons lycées, il faut être dans le centre de Paris.
Par ailleurs, sur les classes sociales présentes dans l’arrondissement, je conteste l’adage « classes populaires, classes dangereuses ». Comme si les pauvres étaient des délinquants. Ce n’est pas vrai.
Quel est votre regard sur les différentes communautés dans le 19e ?
Il y a ici beaucoup de communautés différentes. Mais il faut essayer d’éviter le communautarisme. Les tensions dont je me souviens, rue Petit, se sont estompées. Chaque communauté a travaillé en interne pour éviter les éléments de confrontation. Les plus radicaux ont été mis au pas.
Mais nous ne sommes pas à l’abri d’explosion possible, ici ou là. Les communautés ont tendance à s’ancrer sur des zones géographiques, ce qui est source de conflit. Le travail de la mairie sur le Vivre ensemble donne des signes encourageants. Je suis souvent sollicité par les différentes communautés. Il faut trouver l’équilibre entre l’envie d’aider et l’intérêt général.
Vous représenterez-vous aux élections législatives de 2012 ?
Oui, mais c’est la section locale du Parti socialiste qui décide. Il y a déjà beaucoup de candidats. Si les socialistes sont satisfaits de mon travail, alors je me représenterai et après ce sera aux électeurs de trancher.
Vous avez la réputation d’être souvent absent à l’Assemblée Nationale.
C’est une légende. J’ai fait la démonstration de ma présence. Je suis en tête du nombre de questions écrites. En plus, je conteste l’idée un peu infantile qu’il faut être présent dans la classe, même si on ne dit rien.
Pour moi le critère est celui de l’efficacité. Et je crois, sans me surestimer, que je pèse dans le débat national ou à l’Assemblée plus que d’autres qui sont plus présents.
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