
C’est devant une foule timide et sous une pluie battante que le premier championnat du monde de ricochets a eu lieu mardi 19 juillet 2011, au parc de la Villette, dans le 19e arrondissement de Paris. Une trentaine de participants téméraires se sont présentés, en fin d’après midi, pour tenter de détrôner l’américain Russell Byars, champion du monde en titre.
La pluie tombe à verse sur le quai de la Charente dans le parc de la Villette, mardi 19 juillet 2011. Pourtant, au rond-point des canaux, point de rencontre entre le canal de l’Ourcq et le canal Saint-Denis, une petite foule commence à se regrouper en fin d’après-midi. Sous les capuches et les parapluies, quelques courageux sont venus participer au premier championnat du monde de ricochets.
« On a tout organisé, commente Cyril Jarton, président de la Fédération Mondiale de Ricochets (FMR), les participants se sont entraînés, il y a des gens qui ne sont pas de Paris, on ne pouvait pas annuler. » Pourtant, sur la centaine de compétiteurs initialement inscrits, très peu se sont présentés ce jour-là. Quant aux activités prévues dans l’après-midi, la confection de galets en argile par exemple, elles ont été annulées.
Plus qu’un sport, un art
Pour Cyril Jarton, les ricochets sont plus qu’un simple jeu. « Je suis persuadé que faire des dessins sur l’eau donne une dimension artistique à ce sport », justifie-t-il. À l’occasion de ce premier championnat du monde, la FMR s’est associé avec le festival Les uns chez les autres, qui organise des échanges artistiques dans le 19e arrondissement de Paris depuis janvier 2009. « C’est un festival qui, tous les 19 du mois, invente un événement artistique capable de questionner la ville », explique Julie Navarro, adjointe au maire du 19e, chargée de la culture et de l’animation des quartiers. « Alors quand Cyril m’a proposé ce championnat, j’ai trouvé ça très excitant ! »
Face aux intempéries et à l’absence de nombreux participants, il faut improviser de nouvelles règles. Cyril Jarton propose alors une « inscription sauvage » à toutes les personnes présentes. Un premier tour élimine les joueurs qui exécutent moins de 12 ricochets en trois coups. De leur côté, les enfants qui réussissent à cumuler dix ricochets sont qualifiés. Un deuxième tour qualifie ensuite les huit meilleurs joueurs et ainsi de suite jusqu’à la finale. Les rebonds sont comptés à l’œil nu par trois arbitres, dont Cyril Jarton. L’américain Russell Byars, qui détenait jusque là le record du monde, a fait spécialement le déplacement, avec sa femme Linda, elle aussi en compétition. En juillet 2007, il était entré dans le Guiness Book des records avec 51 ricochets réalisés en une seule fois.
Beaucoup de riverains venus « pour le fun »
Le championnat du monde de ricochet à Paris par dixhuitinfo
Après les qualifications, reste en course une quinzaine de joueurs. Bien entraînés pour certains, venus à l’improviste pour d’autres. C’est le cas de Mathieu Sintomer, 38 ans, François Miot, 29 ans et Erwan Grasmenil, 25 ans, trois amis venus un peu par hasard. « Mathieu nous a branché là-dessus, raconte Erwan, c’est surtout pour le fun qu’on a voulu participer, pour essayer. » Sans s’être particulièrement entraînés, les trois garçons réussissent tout de même à se qualifier pour le deuxième tour. Ils n’iront pas plus loin mais attendent la fin du championnat et surtout, la soirée sur la péniche cinéma. Champagne offert par la mairie oblige.
Sur la cinquantaine de personnes venue assister au tournoi, on compte beaucoup de jeunes du quartier ainsi que des habitants d’Aubervilliers, venus encourager leurs amis. Bières et cigarettes à la main, ils animent la compétition, et réussissent à attirer quelques curieux. « C’est bien qu’il y ait des animations comme ça dans le 19e », estime l’un d’eux. « Ca fait bouger les jeunes. »
Résultats
Après près de trois heures de compétition, le moment tant attendu arrive enfin. Du côté des enfants, Abbel remporte la finale face à Raphaël. Entre les deux garçons d’une dizaine d’années, le score est serré. 29 ricochets pour le vainqueur contre 27 pour son rival. Abbel se réjouit à l’idée de recevoir le galet d’or ainsi qu’un cadeau mystère, qu’il pourra récupérer plus tard lors de la soirée sur la péniche.
Du côté des adultes, quatre demi-finalistes s’affrontent. Russell Byars, champion du monde en titre et Linda, sa femme, représentent les Etats-Unis, tandis que Stan et le dénommé "double cheese", représentent fièrement le 19e arrondissement. Chacun lance dix galets. Les riverains du quartier se défendent bien mais pas assez face au couple américain qui s’affronte en final. Défaitiste, Linda, dont le score final est honorable (80 ricochets), lance à ses amis : « Evidemment que c’est lui qui va gagner, comme d’habitude ! » Pas manqué. En dix lancés, Russell réussit à faire rebondir ses galets 130 fois. Sans rancune, Linda embrasse son mari, grand vainqueur de ce premier championnat du monde de ricochets, sous les applaudissements des riverains.
En tout, près de 1 000 galets fabriqués par Cyril Jarton et son équipe ont été lancés dans le canal. Une démarche à la fois artistique et écologique d’après le président de la FMR. « C’est bon pour le plan d’eau parce que c’est de l’argile et ça va consolider le fond du canal. »
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