vendredi 1er juin 2012|
 

Macire Sy et l'escalade de la violence

Depuis mardi 14 juin 2011, trois jeunes hommes comparaissent ensemble sur le banc des accusés, devant la cour d’assises de Paris, pour séquestration, vol avec armes, extorsion et escroquerie en bande organisée. Les faits se sont produits entre septembre 2008 et janvier 2009 dans les 11e et 19e arrondissements de Paris. Macire Sy, l’un des trois accusés, reste la personnalité la plus intrigante de ce procès. Portrait.

Il garde le front baissé. Un regard de soumission. Une dure inversion des rôles. Dans le box des accusés de la cour d’assises de Paris où il comparaît depuis le 14 juin 2011, aux côtés de Seydou Tandjigora et Salah Khorchid, pour les agressions violentes de huit hommes, Macire Sy est de plus en plus mal à l’aise. En ce quatrième jour d’audience, la sueur perle sur son visage quand il prend la parole. Il est obligé de s’éponger régulièrement à l’aide d’un mouchoir. Une fois assis, il prend sa tête dans ses mains.

« Je m’excuse du plus profond de moi, j’ai pris conscience de la gravité de mes actes ». Le premier jour du procès, le jeune homme, aujourd’hui âgé de 23 ans, évoquait ses regrets et une honte dont il n’arrivait pas à se défaire. Au fil de l’audience et des témoignages des victimes, les excuses se sont renouvelées. « Cela devient un tic », a fini par s’écrier l’avocat général, Maître Philippe Bilger. Il instille le doute. Que signifie cette « prise de conscience de la gravité des actes ? » La conscience du mal qu’ils ont fait subir à leurs victimes ? Celle de la lourde peine qu’ils encourent aujourd’hui ? Qui peut le dire.

JPEG - 45.3 ko
Les quais du bassin de la Villette où se sont déroulés une partie des faits.

Macire Sy a reconnu sa participation aux violences, dont un coup de genou dans le nez de la principale victime, Maël Nonet. Mais concernant les violences annexes, celles qui touchent « au sadisme », selon les mots de l’avocat général, elles sont toujours niées. Les victimes, elles, sont formelles. Menaces de viol, phrases d’une violence inouïe, brûlures de cigarette, dans le cas de Maël Nonet. Pour ce dernier, pas de doutes, Macire Sy est l’auteur de ces actes. « Au niveau de la perversion, c’était lui le plus effrayant », confie-t-il à la cour, « au niveau des coups, tous les trois étaient aussi violents. »

Leila est l’ex compagne de Macire. Elle vient témoigner à la demande de la présidente qui souhaite comprendre la personnalité du jeune homme. « Je n’ai jamais eu à me plaindre de lui », commente la jeune femme, aujourd’hui mère d’un enfant, « il n’a jamais été violent. »

Vingt joints par jour

Macire vivait alors rue Curial, dans le 19e arrondissement de Paris, avec sa mère. C’était en 2004-2005. Leila ne connaissait pas sa famille, c’est toujours lui qui allait chez elle. « Il était gentil et attentionné avec moi », déclare-t-elle à la cour, « je ne le vois pas du tout faire ça ». La jeune fille reconnaît que Macire fumait beaucoup, jusqu’à vingt joints par jour alors qu’il n’avait que 17 ans, mais elle ne l’aurait jamais vu boire. La jeune fille explique qu’elle aurait réussi à le faire arrêter de fumer. Mais la fin de leur histoire fut difficile. « Il faut dire que Macire était en prison pour trafic de stupéfiants et moi, j’avais rencontré quelqu’un d’autre », conclue-t-elle.

« Timide », « gentil et attentionné ». C’est comme cela que le décrit Morgane, également une ex compagne de Macire. Cette dernière n’est pas présente à l’audience, son témoignage est lu par la présidente. « Il voulait faire quelque chose de bien de sa vie, c’est ce qu’il me disait. Je pense que le manque de relation avec son père le troublait inconsciemment. »

Enfance difficile

Car Macire a eu une enfance difficile. Tout comme les deux autres accusés. Salah Khorchid a ainsi vécu sous l’emprise d’un père violent, tandis que Seydou Tandjigora déménageait d’hôtel en hôtel avec toute sa famille. Il a même vécu un temps dans un camping du Bois de Boulogne. Alors qu’il n’a que 7 ans, Macire est lui séparé d’Omar, le frère dont il est le plus proche. La raison ? Le départ de son père qui, en prenant sa retraite, décide de partir au Mali. Une partie des enfants le suivent, alors que les autres restent chez leur mère, à Paris. Macire grandit alors sans son père. Il suit une scolarité chaotique et est temporairement exclu du collège à plusieurs reprises. Plus tard, il suit un BEP de chimie mais n’obtient pas son diplôme.

JPEG - 49 ko
Les trois jeunes hommes comparaissent devant le cour d’assise de Paris depuis le 24 juin 2011.

Pour l’expert psychiatre qui a examiné les trois accusés en détention, l’enfance de Macire est très marquée par le départ de son père et le manque de structure familiale. « Il a du mal à supporter les contraintes, il a aussi un manque de culture et de formation évident. » Devant les jurés, elle le décrit comme quelqu’un d’immature, sujet à une alcoolisation massive et régulière, ainsi qu’à une importante consommation de cannabis - « un problème sur lequel il faudrait se pencher sérieusement » - qui pourrait amoindrir son sens critique et sa capacité de discernement.

Alcool

Macire était souvent alcoolisé au moment des agressions, mais il ne pense pas que sa consommation d’alcool ait pu altérer ses pensées. Sa seule motivation, explique-t-il à la psychiatre lors de leur entretien, c’est son manque d’argent et il ne tient pas à s’exprimer davantage sur les faits. Il se contente d’explications sommaires. Il avoue cependant avoir été fasciné par la peur qu’il pouvait ressentir dans le regard de ses victimes. Une fascination accompagnée d’une certaine pitié que les trois accusés ont tous avoué avoir éprouvé lors de leur entretien avec l’expert-psychiatre. Macire a pourtant mis fin à cet entretien, évoquant son désir d’aller en promenade et déclarant : « Je vais péter les plombs, je vais me casser la tête. »

« C’est un enfant traumatisé », explique Fatoumata, la soeur du jeune homme. À 32 ans, cette gardienne de la paix s’exprime avec aisance et fait bonne impression à la cour. Pour elle, la famille n’a pas su voir la détresse de Macire. « Il a souffert en silence, je pense qu’il s’est égaré. » Se tournant vers les victimes, Fatoumata conclut sur ces mots : « Macire est une victime de notre père et toutes les victimes dans cette salle, ce sont aussi des victimes de notre père. » « Ce n’est pas le mieux pour la reconstruction de Monsieur Sy de le faire passer pour une victime », a nuancé l’avocat général. Le verdict est attendu mardi 21 juin 2011.

Lire sur le même sujet :
- « J’ai cru mourir au fond de cette cave »
- Trois jeunes du 19e jugés pour des actes d’une violence inouïe

Où ça se passe:

Découvrez tous nos articles géolocalisés sur le 19eme arrondissement en un clin d'œil

Partagez cet article:

1 commentaire
  • Macire Sy et l’escalade de la violence 19 juin 2011 20:30, par miclucas

    Ce delinquant n est pas une victime , il ne faut pas tout confondre . chacun de nous a ses traumatismes . il doit etre condamne et severement . par contre ce qui est instructif c est le role des peres chez certaines populations et il est incroyable que l on soit obligé de faire des formations a la parentalité , ce qui coute de l argent aux contribuables ....... je n en dirais pas plus " politiquement correct oblige" .........quoiqu il en soit ras le bol de la delinquance du 19 eme

    Répondre


Un message, un commentaire ?
  • (Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.)

Les commentaires sont modérés à priori, soit avant publication sur le site. Dixneufinfo.com ne publiera pas les contenus illicites. N'hésitez pas à déclarer tout contenu que vous jugeriez illicite à l'adresse mail redaction@dixhneufinfo.com
 
Derniers commentaires
Thèmes