
La cour d’assise de Paris où comparaissent les accusés depuis le 14 juin 2011.
Au sixième jour du procès, l’avocat général a requis 13 à 15 ans de réclusion criminelle à l’encontre de Macire Sy, Salah Khorchid et Seydou Tandjigora. Les trois hommes comparaissent depuis mardi 14 juin 2011 devant la cour d’assises de Paris pour séquestration, vol avec armes, extorsion et escroquerie en bande organisée. Les faits se sont produits entre septembre 2008 et janvier 2009 dans les 11e et 19e arrondissements de Paris.
Au terme d’un réquisitoire d’une heure quinze, l’avocat général Philippe Bilger a demandé à la cour d’assise de Paris de condamner Macire Sy, Salah Khorchid et Seydou Tandjigora à des peines allant de 13 à 15 années de prison. « Il ne faut pas faire de distinction entre les trois accusés, car, dans cette affaire, il n’y a pas de chef », a justifié le magistrat.
La semaine dernière, vendredi 17 juin 2011, au cinquième jour du procès, les derniers témoins et experts avaient été entendus. Les proches de Macire Sy étaient venus un par un à la barre. Ce mardi, c’est la famille de Salah Khorchid qui se présente face aux jurés. Seydou Tandjigora est le seul à ne pas être représenté par des proches : ils ne parlent pas très bien français.
Mohammed, le frère de Salah Khorchid semble avoir préparé son intervention. Du haut de ses 21 ans, le jeune homme est déjà marié et vient tout juste d’avoir un enfant, de quoi expliquer une étonnante maturité apparente. A la barre, il présente bien et s’exprime avec éloquence. Son message est clair : « Rien ne peut venir excuser ce que mon frère a fait mais la violence que l’on a vécu dans notre enfance a tout de même constitué un terrain favorable à son émergence. »
« Je suis une mère »
Salah Khorchid est le deuxième d’une fratrie de huit enfants. Battu par son père, il est placé à la DDASS pendant trois mois alors que sa mère est hospitalisée. Là-bas, il est victime d’attouchements de la part d’un éducateur. Des faits qui resteront sans suite. La mère de Salah a les traits tirés et le visage dur lorsqu’elle témoigne devant les jurés. « Après mon divorce, Salah avait 11 ans et je me suis occupée des plus petits, explique-t-elle. Lui, je l’ai perdu, je n’ai pas su le recadrer. » « Je suis une mère », conclut-elle, tout en décrivant sa honte et en demandant pardon aux huit victimes.
C’est ensuite au tour de la petite amie de Salah de parler. Shaïness a 22 ans et fréquente Salah depuis plus de dix ans. Elle décrit celui qu’elle appelle son meilleur ami comme quelqu’un d’impulsif et d’influençable. Mais l’amour qu’elle a pour lui semble sans limites et Shaïness ne compte pas le laisser tomber. « Je vais au parloir trois fois par semaine depuis deux ans et demi, c’est parce que j’y crois, parce que je veux qu’on s’installe ensemble, qu’on fonde une famille. »
Déceptions
Toutes les parties ont maintenant été entendues. Le procès touche à sa fin. C’est au tour des avocats d’entrer en scène. Du côté des parties civiles, cinq avocats pour huit victimes défilent à la barre. Tous rappellent aux jurés l’intensité des violences qu’ont subi leurs clients.
L’avocate de la sixième victime évoque une certaine déception à l’issue de ce procès. « Moi, je n’ai toujours pas compris pourquoi ils ont fait ça. Ce procès est décevant parce que nous n’avons pas les réponses à ces questions », insiste-t-elle. Maître Valent, l’avocat de la principale victime (Maël Nonet) a quant a lui fait part aux jurés de ses « craintes pour l’avenir ». « Je vous avoue mes inquiétudes, a-t-il déclaré. Ne suis-je pas victime d’une escroquerie ? Car les escrocs sont toujours charmants vous savez... » L’avocat, qui plaide pour que la qualification de “torture et actes de barbaries” soit retenue contre les trois accusés insiste : « Je n’ai pas confiance, je n’ai pas confiance du tout et je pense que ce ne sont là que les prémices. Ces trois garçons sont capables de déraper gravement. »
Accusé oublié en prison !
Mardi 21 juin à 10h, l’avocat général devait requérir. Mais c’était sans compter sur les aléas de la justice. « Non mais vous y croyez vous, ils ont oublié Khorchid à Fresnes ! », s’exclame l’avocate de ce dernier. Salah Khorchid est le seul des trois accusés à être incarcéré à Fresnes, ce qui avait déjà causé des retards lors de la première semaine de procès. Dans la confusion générale, la Présidente décide de convoquer à nouveau tout le monde à 12 h. « Quand on est dans les temps, il faut toujours que quelque chose vienne troubler notre organisation ! » a-t-elle conclu. Verdict mardi 21 juin, dans la soirée.
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