samedi 18 mai 2013|
 

« J'ai cru mourir au fond de cette cave »

Au deuxième jour du procès, c’est le témoignage que tout le monde attendait. Celui de Maël Nonet, victime des trois jeunes hommes jugés depuis mardi 14 juin 2011, devant la cour d’assises de Paris pour séquestration, extorsion avec arme, vol et escroquerie en bande organisée. Sur les huit victimes, Maël est celui qui a été le plus violemment agressé.

« C’est relativement éprouvant, ça demande un peu de courage. » Deux ans et demi après son agression, Maël Nonet, 25 ans au moment des faits, se présente à la barre mercredi 15 juin 2011. Il est ému mais bien décidé à affronter ses agresseurs, Macire Sy, Seydou Tandjigora et Salah Khorchid. Ni très grand, ni très costaud, le jeune homme blond aux yeux bleus raconte comment il a cru mourir dans une cave du 19e arrondissement de Paris, la nuit du 29 au 30 septembre 2008.

« C’était un dimanche soir, commence le jeune homme d’une voix assurée, aux alentours de 00h30. » Alors qu’il sort du cinéma MK2, Quai de la Loire, Maël, Parisien depuis sept jours seulement, a juste le temps de faire quelque pas, quand deux hommes braquent un pistolet sur son ventre et l’entraînent dans le hall d’un immeuble où les attend Salah Khorchid. « La première chose que j’ai vu de lui, c’est son poing », explique Maël devant la cour attentive. Ce même Salah qui aujourd’hui ne cesse d’exprimer ses regrets et tente de séduire les jurés, jouant la carte de la sincérité.

Comme un « sac-à-patates »

Dès son arrivée dans l’immeuble, Maël dit recevoir des « pluies de coups » assénés par ses trois bourreaux. Coups de pieds, coups de poings ainsi que des coups de crosse de revolver. Le doute plane toujours quant à savoir s’il s’agissait d’un pistolet à bille en plastique à 4,50 euros, comme l’affirment les trois accusés et Christophe Bensimon, agressé le même soir, ou d’une arme réelle, comme le pense Maël : il affirme avoir senti à plusieurs reprises le froid du métal sur sa peau.

Le silence règne dans la salle alors que Maël décrit s’être senti comme un « sac à patates ». Les agresseurs fouillent son sac et lui dérobent sa carte bleue. « J’ai donné mon code tout de suite, j’ai estimé qu’il était inutile de résister alors que je ne savais pas comment la nuit allait se finir... » Salah et Seydou partent au distributeur et retirent 320 euros. À leur retour, les trois hommes trouvent une seconde carte bancaire dans les affaires de Maël. Il s’agit d’une carte d’adolescent, périmée depuis plusieurs années et dont Maël a oublié le code.

Simulacre d’exécution et menaces de viol

« Je pensais avoir vécu le pire mais là, c’est monté encore crescendo dans la violence, dans les paroles et dans les gestes. » Macire l’entraîne plus loin dans le couloir et lui assène un violent coup de genou dans le nez. Alors que Maël est à genoux, Salah lui demande de « dire bonne nuit ». « J’ai senti le canon d’une arme métallique sur ma nuque, ils ont simulé mon exécution », raconte Maël. En leur répondant « bonne nuit », il a selon lui énervé ses agresseurs. « Ils m’ont dit qu’ils allaient creuser ma tombe. »

S’ensuivent des menaces de viol et de sodomie. « Pantalon baissé, j’ai senti ce qui m’a semblé être un bâton sur mon postérieur, c’était Macire. » Ce dernier a pourtant toujours nié avoir proféré des menaces à caractère sexuel, dans le cas de Maël comme dans d’autres cas. Le calvaire du jeune homme s’arrête enfin lorsque Salah et Seydou ramènent une deuxième victime dans l’immeuble.

Taches de sang

Christophe Bensimon, âgé de 20 ans au moment des faits, n’a pas souhaité témoigner mais la présidente lit sa déposition. Cette nuit là, il reçoit six coups au visage avant d’être dépouillé de son téléphone portable, de sa carte orange et des quatre à cinq euros qui traînaient dans sa poche. Ses agresseurs lui montrent ensuite les taches de sang laissées par Maël et lâchent un « fais gaffe parce qu’on en a déjà choppé un ! », avant de l’enfermer dans une pièce. Plus tard, comprenant qu’il est seul, Christophe s’échappe et prévient la police.

De son côté, Maël est conscient qu’il se passe quelque chose. « Quand j’ai compris qu’il y avait une deuxième victime, c’était à la fois effroyable et rassurant », avoue-t-il. Il est désormais seul et décide de se cacher et de monter dans les étages pour chercher de l’aide. « J’ai sonné à plusieurs portes mais personne ne m’a ouvert. »

Hospitalisation et dépression

À 2h10 du matin, les policiers découvrent enfin Maël. Il est dans un sale état : « J’avais plusieurs lombaires cassées, le plancher orbital droit fracturé, je suis passé à deux millimètres de la paralysie, je pissais le sang de partout. » Le jeune homme a été hospitalisé plus de trois semaines, avant de suivre un programme de rééducation. Sa voix se brise quand il raconte sa sévère dépression consécutive à son agression.

Aujourd’hui, tout ce qu’il souhaite, c’est que les trois accusés prennent conscience de la gravité des choses. « Je ne sais pas si vous êtes capables d’empathie, dit-il en se tournant vers eux, mais imaginez que ça arrive à votre frère ou votre soeur, comment vous réagiriez ? » Le jeune homme attend qu’ils reçoivent des « peines proportionnées », estimant avoir été « victime d’actes de tortures et de barbarie ».

Excuses à la victime

C’est justement sur ces qualifications que va se jouer l’issue du procès. Si les trois prévenus reconnaissent les faits de violences, ils nient toujours ceux qui s’apparentent aux tortures. Doigt tordu et brûlures de cigarette intentionnelles notamment. L’avocat de Macire Sy attache beaucoup d’importance à cette brûlure de cigarette : il veut démontrer son éventuel caractère accidentel. Maël met en cause son client et insiste, « je suis formel, la brûlure n’est pas accidentelle ».

Macire Sy, Seydou Tandjigora et Salah Khorchid ont présenté leurs excuses à la victime ainsi qu’à ses parents, venus soutenir leur fils. « Je ne crois absolument pas à la sincérité des excuses des accusés », déclare Philippe Valent, l’avocat de Maël qui « en a entendues trop souvent ». Selon lui, ces jeunes hommes « présentent un parcours de délinquance qu’il faut stopper ».

Mardi 21 juin 2011, les jurés rendront leur verdict après avoir entendu les autres victimes, les enquêteurs de police, divers témoins, ainsi que les plaidoiries des avocats et après avoir pris connaissance des conclusions des experts psychologiques et médicaux.

Lire sur le même sujet : Trois jeunes du 19e jugés pour des actes d’une violence inouïe

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