
« Le terme "démolir" ne s’utilise plus. Aujourd’hui on déconstruit » explique Thierry Silvert, directeur du cabinet responsable de la maîtrise d’œuvre sur le chantier Maroc. Oubliés, donc, la dynamite ou la boule, ou encore les bâtiments qui s’effondrent sur eux-mêmes, comme on a pu le voir dans quelques émissions télévisées. Un bâtiment se déconstruit avec une grosse pelle qui le gratte petit à petit et le réduit en gravats.
Mais procédons dans l’ordre. La Tour Maroc, qui compte 15 étages et 90 logements, a été construite en 1955. Elle appartient à Paris Habitat, qui décide en 2007 de la démolir : « D’un point de vue thermique et acoustique, c’était une catastrophe », constate Marie Picouret, chef de projet pour Paris Habitat.
Depuis, cet organisme public a érigé un immeuble de 44 logements, rue Riquet, pour reloger en partie les habitants de la rue du Maroc. Ces travaux font partie d’une étude globale d’aménagement de la rue Riquet, de la rue du Maroc et du jardin public qui se trouve entre les deux.
Marie Picouret explique que parfois, il est plus simple et moins coûteux de déconstruire un bâtiment peu fonctionnel et d’en construire un autre, que de procéder à une rénovation. C’est une tendance récente, comme le précise Thierry Silvert : « Il y a dix ans, c’était un crime de démolir un bâtiment. Aujourd’hui, ce n’est plus tabou. »
Pour la chargée d’opération de Paris Habitat, architecte de sont état, « quand on construit un bâtiment, on pense rarement à sa démolition ». Il n’y a effectivement aucune formation qui apprend à déconstruire dans les écoles d’ingénieurs ou d’architecture : « Cela s’apprend sur le terrain ». C’est pour cette expertise que le cabinet de Thierry Silvert a été choisi : il est spécialisé dans la démolition de tours ou d’immeubles de grande taille.

- 95% des déchets produits sur le chantier seront récyclés
La première phase des travaux - demande des autorisations, réalisation des études techniques, raccordement à l’électricité - a pris cinq semaines. Elle fut suivie par le curage et le désamiantage de l’immeuble. Le peu d’amiante présent a été enlevé et transporté dans des zones d’enfouissement, selon des procédures standard : « la réglementation est très stricte et il n’y aucun risque de fuite », indique Loïc Nedelec, de l’entreprise de démolition Melchiorre. Lors du curage, on enlève du site tout ce qui n’est pas valorisable, comme le PVC des sols, la moquette ou encore les goulottes électriques.
Aujourd’hui, contrairement au passé, on a tendance à utiliser des matériaux propres, qui nécessitent moins d’entretien et minimisent les coûts. Ce sont des matériaux inertes, facilement transformables. 95 % des déchets produits par le chantier Maroc seront recyclés, le reste, 5 %, sera destiné à la décharge ou l’enfouissement. « 90 % d’un bâtiment, c’est de la maçonnerie, du béton. Concassé dans des gros broyeurs, le béton est réduit en petits blocs qui sont réutilisés pour le fonds routiers ou autres travaux », explique Thierry Silvert.
Sur le chantier Maroc, Paris Habitat a mis en place un système de surveillance qui va estimer combien d’énergie sera nécessaire pour démolir la tour et reconstruire le bâtiment qui va la remplacer. Un bilan carbone de l’opération qui permettra d’isoler les postes très consommateurs en fioul, comme, par exemple, les pelles mécaniques, qui consomment jusqu’à 500 litres par jours.

- La pelle à grand bras réduit le bâtiment en gravâts
Revenons à la troisième phase : à ce moment, on réfléchit au matériel de chantier adapté à la grande hauteur. « Mi mai 2010, nous ferons intervenir une pelle avec un grand bras et une cisaille en béton au bout, qui va "gratter" l’immeuble et le réduire en gravats », précise Loïc Nedelec. Pour cela, il a d’abord été nécessaire de « baisser » l’immeuble car la distance entre le bâtiment et la rue n’était pas suffisante en termes de sécurité. « En ce moment, il y a donc deux mini pelles sur le toit, qui démolissent les étages, jusqu’au neuvième. Ensuite, interviendra la grande pelle ; il lui faudra deux semaines pour déconstruire la tour. »
La chute des gravats est amortie au fur et à mesure par la présence des autres gravats sur le sol. Et, tout autour du bâtiment, on a construit une passerelle qui « évite les chutes de hauteur ». Autre difficulté pour le chantier : la conservation des monuments historiques. Lors d’obtention du permis, la Commission du Vieux Paris a validé la demande de démolition de la tour : « Il peut arriver que dans un immeuble à démolir, on soit obligés de garder les caves ou juste un bout d’escalier, car ils appartiennent au patrimoine de la Ville. Ce n’est pas le cas de cette tour, elle trop récente », précise Marie Picouret.

- Une mini pelle pèse 2 tonnes et demi
Lors de la dernière phase, il ne restera plus qu’à enlever les fondations avec une pelle godet et à « reboucher le trou », explique Marie Picouret, « ensuite, on construira un nouvel immeuble au niveau de la rue, aligné avec les autres. Et là où il y aujourd’hui la tour, il y aura un grand jardin ».
Quelques chiffres
Six ouvriers travaillent sur le chantier, tous sur le toit. Deux sont chauffeurs des pelles, trois sont assistants et un homme s’occupe du trafic sur le site, pour gérer les entrées et sorties.
Les deux mini pelles pèsent 2 tonnes et demi, chacune. Huit mois en tout seront nécessaires pour la « déconstruction » de la tour, pour un coût de 900 000 euros.
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