
- Man on Mower (1995) illustre l’affiche de l’exposition
« J’ai eu envie de m’asseoir sur une chaise et de ne plus bouger. » Christiane, jeune retraitée, s’identifie à ce qu’elle voit. Ce sont les sculptures de l’américain Duane Hanson, exposées au pavillon Paul Delouvrier, face à la grande halle de la Villette, dans le 19e arrondissement de Paris : des personnages grandeurs natures, habillés de façon ordinaire, des jeunes à la plage, des ouvriers sur leur chantier, des vieux sur un banc.
« C’est très impressionnant, on est stupéfait par le côté hyperréaliste », explique Antoine, venu « un peu par hasard », en ce dimanche morose du mois de juin 2010. Effectivement, le réalisme des oeuvres frappe les visiteurs et les troublerait même. Catherine, la quarantaine, est « persuadée d’avoir vu respirer le cowboy ». Ces personnages, si vrais mais si statiques, inquiètent : « Les yeux, ça fait peur. » dit une petite fille.
Duane Hanson (1925-1996) a représenté ici la société américaine des années 1970 à 1990 dans sa composante la plus modeste : femme de ménage, étudiant, sportifs, ouvriers ou petits retraité. Il souhaitait ainsi montrer la morosité de leur vie quotidienne.
« Je regarde toute ces personnes avec sympathie et affection, explique le sculpteur, humaniste et engagé, dans le dossier de presse de l’exposition. Pour moi, la résignation, le vide et la solitude de leur existence captent la véritable réalité de la vie de ces gens. » Pour Hanson, le « rêve américain » n’a généré que de la déception. Marie-Laure qui s’est déplacée avec ses filles, est sensible au message.
« On sent qu’on a voulu représenter des personnes très humbles, dans leur vie de tous les jours et c’est très émouvant.

- Queenie II (1988)
Au fil des années, le sculpteur a amélioré le processus de création. Il fait des moulages de parties du corps qu’il remplit de résine synthétique et de fibre de verre et qu’il assemble ensuite. Il peint alors ses sculptures avec de l’acrylique puis de la peinture à l’huile, attentif aux détails : couleur de la peau, bleu des veines, taches de rousseur, rides, implantation de cheveux. Pendant la durée de l’exposition, réalisme oblige, les personnages sont régulièrement remaquillés par soucis de réalisme.
Dernière étape du dispositif créateur : habiller ses œuvres et les munir d’accessoires appropriés. Les vêtements servent à signifier l’identité des personnages, ils donnent aussi une idée de leur mode de vie, de leurs goûts et de leurs aversions. Pour Antoine, « Duane Hanson met en valeur les clichés vestimentaires véhiculés sur les américains », Et l’effet est garanti. A la sortie, deux adolescentes attendent leurs parents, immobiles et silencieuses. Regards interrogateurs. Elles lâchent enfin : « On ne peut pas vous parler, on est des statues ! »
Duane Hanson
Le rêve américain
Jusqu’au 15 août 2010
Au Pavillon Paul Delouvrier
Mercredi, jeudi, vendredi, dimanche de 14h à 19h / samedi de 14h à 21h
Accès : Pavillon Paul Delouvrier, Parc de la Villette - Métro Porte de Pantin
Informations : 01 40 03 75 75 et www.villette.com
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