104 - Centquatre - Joana Vasconcelos - José-Manuel Gonçalvès - La Mariée - The Bride - Tampons - Lustre

Le lustre de Joana Vasconcelos, suspendu dans la nef Curial du Centquatre. Photo : ©Adèle Ponticelli
Le Centquatre expose, jusqu’au 18 septembre 2012, “la Mariée” de Joana Vasconcelos. Ce lustre, réalisé à l’aide de milliers de tampons hygiéniques, aurait dû être exposé à Versailles, en compagnie d’une quinzaine d’autres œuvres de l’artiste portugaise. Subversif ? Polémique ? Les visiteurs du centre culturel du 19e arrondissement de Paris s’expriment.
Il aurait dû se trouver avec la quinzaine d’autres œuvres de l’artiste exposées au château de Versailles. C’est pourtant au Centquatre que le lustre de Joana Vasconcelos est suspendu. “La Mariée” de l’artiste portugaise a trouvé refuge dans le 19e arrondissement de Paris. Constitué de 25 000 tampons hygiéniques, le lustre orne la nef Curial du Centquatre, jusqu’au 18 septembre 2012.
Selon son auteure, “la Mariée” a été « censurée ». Un terme que réfute la présidente de l’établissement public versaillais, Cathrine Pegard, pour qui « les œuvres présentées doivent entrer en résonance avec ce lieu ». Le lustre, incompatible avec Versailles, donc.
Trop subversif ? Joana Vasconcelos questionne régulièrement, à travers sa démarche artistique, le statut des femmes dans son pays, le Portugal. Là, il est question de mariage, de pureté, de virginité et de sexualité.
« Encore aujourd’hui, les femmes se marient en blanc, pourtant elles ne sont plus vierges. Elles ont un besoin énorme d’être reliées à la tradition, de poursuivre quelque chose avec la robe de mariée qui leur donne des certitudes. De montrer à un certain moment de leur vie, la perfection. Le tampon correspond au caractère dérisoire de la pièce. Il dit qu’aujourd’hui nous vivons dans un monde de tampons et qu’il faut faire attention à ces traditions datées. Cela ne signifie plus que les femmes sont impures, mais qu’elles ont maintenant l’option de leur sexualité, de leur corps et de leur vie. Et c’est cela qui est important, le fait que les femmes soient libres de faire ce qu’elles veulent. Je ne comprends pas, alors que les femmes ont gagné cette liberté, qu’elles n’arrivent pas à se séparer des traditions. »
Joana Vasconcelos, interviewée par Art Press en avril 2012.
Le directeur du Centquatre, José Manuel Gonçalves, avec qui elle était en contact pour la préparation d’une exposition à venir, lui propose d’accueillir l’œuvre. « Finir au Centquatre, c’est ce qui pouvait lui arriver de mieux. Je suis bien contente qu’il soit ici, dans un quartier populaire, plutôt qu’à Versailles », a déclaré l’artiste lors de l’inauguration le 4 juillet 2012.
Les visiteuses et visiteurs du Centquatre donnent leur avis :

- Emma Bourdier, habitante du 19e arrondissement de Paris et visiteuse régulière du Centquatre, mercredi 5 septembre 2012.
Emma Bourdier, habite rue de Meaux, dans le 19e, et vient régulièrement au Centquatre depuis un an :
C’est génial ! C’est une super idée ! De loin on ne voit pas que ce sont des tampons. Je m’en suis rendue compte en m’approchant et alors je me suis dit “Oh ! C’est génial !” C’est beau de mettre en valeur un objet tabou. Les hommes n’aiment toujours pas trop savoir ce qu’est un tampon, parce que c’est gorgé de sang. Là, ça désacralise l’objet tampon. Et, symboliquement, il est mis en lumière avec ce lustre, qui d’ailleurs n’est pas un petit lustre. Quand je le regarde j’ai l’impression de voir plein de vagins suspendus transposés dans cette infinité de tampons. Ça me rappelle l’œuvre d’un artiste coréen que j’ai vu à Dinard (Ille-et-Vilaine) : des petites figurines humaines qui tombaient en cascade, signifiant que chaque être humain porte en lui les conséquences de ce qu’ont fait ses ancêtres. Ici, j’ai l’impression de retrouver une chaîne de femmes.
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- Fred Baquet de Montpellier et Marie-Sophie Leturcq, habitante du 19e arrondissement de Paris, mercredi 5 septembre 2012.
Marie-Sophie Leturcq, habite quai de la Garonne dans le 19e et Fred Baquet, ancien du 18e, habitant de Montpellier :
Lui : Ah, je n’avais pas du tout remarqué ce lustre ! On dirait un vieux fantasme bourgeois, un lustre du XIXe siècle. C’est bizarre un lustre qui n’est pas éclairé. Devant, je ne ressens rien du tout. Elle aurait dû mettre un ou deux tampons usagés !
Elle : J’aime pas trop, à cause du côté ancien. Je préfère cette œuvre d’Anne-Flore Cabanis (voisine de celle de Joana Vasconcelos, ndlr) avec ses lignes de force, l’effet géométrique que cela produit. Ce que j’aime dans l’art contemporain, c’est aussi l’usage des matériaux. Les tampons ne me convainquent pas. Ce lustre, je le trouve laid, mal proportionné. Ça ne fonctionne pas. On dirait un rideau de perles que les vieux mettent aux portes dans le Sud. Un truc poussiéreux, qui, au fond, aurait bien été à Versailles.
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- Riordan Macnamara, habitant du 11e arrondissement de Paris, merdredi 5 septembre 2012 lors de sa première visite au Centquatre.
Riordan Macnamara habitant du 11e qui vient pour la première fois au Centquatre :
Je suis passé à côté du lustre et j’ai vu presque tout de suite qu’il s’agissait de tampons. Mon amie me disait à l’instant que c’était une œuvre subversive, mais je ne trouve pas qu’elle le soit. Pour l’être, il aurait fallu avoir trempé les tampons dans du sang. En même temps, la blancheur c’est la pureté virginale... Ce lustre a un côté féérique qui me fait penser à Cendrillon. Pour moi, il signifie la perte de quelque chose au niveau de l’enfance. Il n’a pas été accepté à Versailles ? C’est qu’il y a une différence entre la provocation institutionnelle et celle de l’artiste avec le rapport au corps et au sang qu’elle instaure (la direction de Versailles expose depuis quelques années des artistes contemporains dont les œuvres tranchent radicalement avec le style du château, par exemple un homard géant de Jeff Koons). Au final, je pense que ça aurait été subversif à Versailles, mais pas ici.
Et vous qu’en pensez-vous ? Laissez votre commentaire.
Infos pratiques :
La Mariée est en libre accès dans la nef Curial
Jusqu’au 18 septembre 2012
Le Centquatre - 5, rue Curial
M° Riquet
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