
L’avenir est sombre pour le Théâtre Paris-Villette. Presque totalement soutenu financièrement par la Ville de Paris, ce lieux culturel réputé du 19e arrondissement de Paris souffre de déficit chronique. La direction de l’établissement craint de devoir fermer, faute de subvention pour 2013.
Depuis 25 ans, sous la houlette de Patrick Gufflet, le Théâtre Paris-Villette, à l’entrée du parc en face de la Grande halle, présente des pièces contemporaines et s’est imposé comme laboratoire de création artistique. Bien intégré dans le 19e arrondissement de Paris, il collabore avec les écoles et les associations du quartier. Mais l’institution pourrait bientôt tirer sa révérence. La Ville de Paris, qui loue l’établissement à l’Etat, refuse de s’engager sur la subvention qu’elle accordera au théâtre en 2013. Au point qu’on puisse supposer qu’aucun financement n’est prévu.
Un mot glissé par un représentant de l’Etat, le 19 mars 2012, est venu attiser la crainte des administrateurs du théâtre. Lors des Etats généraux du jazz, Georges-François Hirsch - Directeur général de la création artistique du Ministère de la Culture de l’époque - a déclaré que des discussions étaient en cours avec la Ville de Paris pour installer l’ONJ (Orchestre National de jazz) dans les murs du Théâtre Paris-Villette. Autrement dit, l’acte final serait déjà écrit, un remplaçant déjà tout trouvé.
Faible fréquentation
La Ville de Paris invoque depuis plusieurs années la fragilité financière du théâtre et sa faible fréquentation. Une critique de plus en plus appuyée. La subvention votée pour 2012 s’élève à 865 000 €, le nombre d’entrées payantes est de 5791 billets. « Cela revient à subventionner chaque place à hauteur de 150 € », calcule Christophe Girard, adjoint au maire de Paris chargé de la culture. « Monsieur Girard ne prend pas les chiffres dans le bon sens, conteste Patrick Gufflet. Il n’intègre que le nombre de places payées, alors que nous avons des spectacles gratuits, du public invité et une production artistique sur Internet. »
« En réalité, nous sommes sous-financés », affirme le directeur du Théâtre, comparant sa subvention à celle d’autres établissements culturels parisiens. « Les chiffres de fréquentation en baisse viennent exclusivement du fait que nous avons réduit, faute de moyens suffisants, le nombre de représentations. » Avec l’apparition de nouveaux lieux à subventionner, comme le 104 ou la Gaité Lyrique « le budget culture atteint son maximum et cela fait toujours moins d’argent pour nous », observe-t-il encore.
Place historique
De plus, « il ne faut pas seulement s’en tenir à la fréquentation », avance Patrick Gufflet. « Nous sommes aussi un lieu d’expérimentation et un tremplin pour de nombreux artistes », ajoute-t-il, citant l’exemple de l’auteur Joël Pommerat, qui a fait ses premières armes au Théâtre Paris-Villette avant de devenir mondialement reconnu. Les artistes sont nombreux à reconnaître l’intérêt et les apports du théâtre. Dans une pétition de soutien qui a récolté aujourd’hui plus de 6000 signatures, on retrouve les noms de Ariane Mnouchkine, Denis Podalydès, Mathieu Amalric ou encore Eric Elomosnino.
Ne sachant quel argent sera à sa disposition, le théâtre Paris-Villette se retrouve dans l’impossibilité de préparer sa programmation pour l’année 2013. Heureusement, il peut compter sur le soutien de l’Établissement public du parc et de la grande halle de la Villette qui a décidé de renforcer ses liens avec le théâtre en y programmant la plus grande partie de sa saison théâtrale 2013. « C’est un choix politique et économique, pour envoyer un signal aux tutelles. Car ce théâtre a une place historique importante sur le site de la Villette », explique le directeur de l’institution, Jacques Martial, très attaché à la pérennité du lieu.
Espace pluridisciplinaire
Mais cette coopération ne peut être que provisoire : « Sans subvention, le théâtre finira par fermer », tranche Patrick Gufflet. Il a été reçu à la Mairie la semaine dernière et n’a pu être rassuré, « la tension maximum du rapport de force est atteinte ». Si le théâtre était contraint de mettre la clé sous la porte, cela sonnerait la fin de l’art dramatique sur le site de la Villette : il y a quelque mois c’est le théâtre du Tarmac qui devait déménager dans le 20e arrondissement pour laisser place au Hall de la Chanson. « L’Orchestre National de Jazz a effectivement besoin d’un espace mais il ne faut pas que ce soit la musique contre le théâtre, la Villette doit rester un espace pluridisciplinaire », estime Jacques Martial.
À la veille des élections législatives, l’affaire prend un tournant politique. Lors du conseil de Paris le 14 mai 2012, Ian Brossat, président du groupe communiste et candidat dans la 17e circonscription, a déposé un vœu pour demander au maire de Paris de « renouveler l’engagement de la Ville en faveur du Théâtre Paris – Villette ». Ce vœu a reçu le soutien de l’UMP, mais pas du PS ni d’Europe Ecologie les Verts (EELV). « Ian Brossat nous a pris par surprise avec ce vœu, ce n’était pas prévu, il a certainement vu là l’occasion de faire parler de lui. Je ne partage pas sa façon de faire, d’où mes réserves », explique Danielle Fournier, la Co-présidente du Groupe Europe Ecologie Les Verts au Conseil de Paris.
Plan de redressement
Mais l’attitude de Ian Brossat ne semble pas être l’unique raison de cette réserve. Danielle Fournier ne manque pas d’ajouter que des évolutions sont nécessaires au Théâtre Paris-Villette. Selon elle, il faudrait l’ouvrir à un « public plus large ». Et puis « le directeur est là depuis longtemps, c’est bien aussi quand les équipes évoluent », avance-t-elle avant d’ajouter qu’elle n’a rien à reprocher à Patrick Gufflet.
De son côté, Christophe Girard, adjoint de Bertrand Delanoë chargé de la culture, a déposé un second vœu, évoquant la nécessité d’un « d’un plan de redressement » et réclamant « un échange approfondi avec prochain le ministère de la Culture ». Que veut réellement la Ville de Paris ? « C’est l’Etat qui a proposé d’installer l’ONJ au théâtre Paris-Villette », affirme l’adjoint chargé de la culture. Pourtant, les services de l’ex-ministère de la Culture aurait laissé entendre le contraire à Patrick Guflet.
L’avenir du théâtre réside donc entre les mains de la nouvelle ministre de la culture, Aurélie Filippetti. Si l’Etat reconnaît l’intérêt national du Paris-Villette, « ce qui ne serait pas dénué de sens », selon Patrick Gufflet, de nouveaux moyens seraient disponibles.
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