
Thierry Vincent (à g.), représentant les locataires de la rue Pradier, crie son indignation au côté d’un membre de l’association "Droit au Logement" (à d.) (Photo : A.B)
Les habitants de l’ensemble immobilier du 25-31 rue Pradier, dans le 19e arrondissement de Paris, ont manifesté, mardi 17 avril 2012, devant le palais Brongniart, pour dénoncer la décision de la société Gecina de vendre leur immeuble à la découpe. Reportage.
« Vous croyez être chez vous et finalement vous n’êtes pas chez vous, s’indigne Thierry Vincent, locataire de l’immeuble de la rue Pradier, dans le 19e arrondissement de Paris, depuis dix ans. Aujourd’hui, ce sont nos vies qu’on défend, nous les défendrons jusqu’au bout et nous allons gagner. » Depuis quelques mois, les habitants de cette rue luttent pour sauver leur logement d’une vente à la découpe décidée par leur bailleur.
Acheter ou partir
Au début du mois de janvier 2012, la société Gecina, propriétaire de l’immeuble, a fait part aux locataires de sa décision de revendre l’ensemble du bâtiment, appartement par appartement. Une opération légalement possible mais humainement inenvisageable pour les habitants qui se considèrent comme "les découpés du 19e". En tout, 203 logements sont concernés.
Deux solutions s’offrent aux locataires : racheter leur appartement, à 7 000 euros le mètre carré, ou partir. Dans six mois, ils devront annoncer leur décision. Ceux qui ne pourront pas acheter auront la possibilité de rester jusqu’à la fin de leur bail. « Ce n’est pas une faveur de Gecina, cette horrible multinationale de parasites, ironise Thierry Vincent. C’est la loi qui l’impose. »
Rue Pradier, les habitants se mobilisent par dixhuitinfo
Locataire d’un 80m2 qu’il partage avec sa femme et son fils, le journaliste de Canal + voit mal comment trouver plus de 500 000 euros en six mois. « Si ce genre de situation nous arrive à nous, classes moyennes supérieures, que va devenir Paris ? Une ville de bureau ? Une ville de gens fortunés avec des logements sociaux à côté ? Ce n’est pas possible », s’exclame-t-il.
Comme lui, des dizaines d’habitants sont venus sur le parvis de la place de la Bourse, dans le 2e arrondissement, mardi 17 avril. À 15 heures, Gecina réunissait ses actionnaires dans le palais Brongniart, ancienne Bourse de Paris. L’occasion pour les riverains de se faire entendre en criant leur indignation depuis la rue, devant une rangée de policiers, impassibles.
De nombreux soutiens

- Parmi les personnes venues soutenir les habitants de la rue Pradier, une cinquantaine de femmes, vivant notamment dans le 93, ont dénoncé le mal-logement et les expulsions sans relogement.
« Nous sommes tous des victimes et en tant que victime, j’ai besoin de m’insurger, de me révolter et de dire non », dit Michèle Ziller, habitante de l’immeuble depuis seize ans. L’avocate y a également installé son cabinet et est déterminée à se battre jusqu’au bout. « Je n’ai pas du tout l’intention d’être mise à la porte pour un pur acte spéculatif », affirme-t-elle.
Des habitants d’autres immeubles menacés de vente à la découpe, sont venus les soutenir. Parmi eux, le comité de défense de Beaugrenelle, l’association Alouette-Mouchard Saint-Mandé ou encore, l’association villa Alexandrine-Boulogne. À leurs côtés, l’association Droit Au Logement (DAL) et le collectif Jeudi Noir, contactés par les riverains de la rue Pradier.
« Nous sommes venus à la rescousse parce que ces habitants sont confrontés à une vente à la découpe particulièrement dégueulasse, explique Manuel, 30 ans, militant pour le collectif Jeudi Noir. Nous pensons que ce n’est pas normal qu’un propriétaire puisse virer son locataire, uniquement parce qu’il veut vendre son logement vide. »
Quelques élus sont venus grossir les rangs des manifestants. Parmi eux, Sergio Tinti (PCF), adjoint au maire du 19e arrondissement, chargé des sports, a rappelé la limite de la démarche entreprise par les habitants : « Malheureusement, Gecina a le droit de faire ce qu’elle fait, c’est-à-dire de précariser la vie des gens dans notre arrondissement, chose indigne pour nous », a-t-il déclaré.
Appel à la Mairie de Paris

- Les élus Verts et UMP du 19e arrondissement se sont déplacés, mardi 17 avril (ci-dessus, l’élu de l’opposition Jean-Jacques Giannesini), mais les habitants ont regretté l’absence de représentants de la majorité socialiste.
René Dutrey (EELV), conseiller de Paris a à son tour pris la parole pour évoquer une proposition de loi déposée au Sénat par le groupe Europe Écologie-Les Verts, visant à lutter contre la pratique de la vente à la découpe en interdisant les congés pour vente des locataires. « Ce n’est qu’une reprise d’une mesure qui existe déjà en Allemagne, a-t-il expliqué. Ce n’est pas une mesure délirante et ça permettrait de façon sécurisée de garantir à chaque locataire le droit de rester chez soi. »
Enfin, Jean-Jacques Giannesini, élu UMP du 19e arrondissement s’est déclaré favorable au projet de loi déposé par le groupe EELV. « Le seul souci, a-t-il ajouté, c’est que ça va prendre du temps or le problème de la rue Pradier doit être réglé immédiatement. » Persuadé que Gecina finira par vendre l’ensemble immobilier, l’élu a également fait part de son intention de travailler avec la Mairie de Paris pour faire baisser le prix de vente des appartements.
De leur côté, les habitants promettent de continuer les manifestations. « C’est important de montrer que nous sommes là, que nous nous battons », estime Michel Gosset, 76 ans, président de l’association des locataires de la rue Pradier. Les riverains envisagent de demander l’aide de la Mairie de Paris, en l’invitant à racheter une partie de l’immeuble par l’intermédiaire d’un bailleur social.
À lire sur le même sujet : La rue Pradier au menu du conseil d’arrondissement, lundi 30 janvier 2012
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