mercredi 22 mai 2013|
 

« Le logement n'est pas un business comme les autres »

François Dagnaud, premier adjoint au maire du 19e, a voulu rappeler l’engagement du parti socialiste auprès des locataires de la rue Pradier. (Photo : ©Dixneufinfo.com)

Une semaine après la manifestation, place de la Bourse, des locataires de l’ensemble immobilier de la rue Pradier, menacés de vente à la découpe, François Dagnaud, premier adjoint au maire du 19e arrondissement, a souhaité revenir sur l’engagement des élus socialistes auprès des habitants. Interview.

Les élus socialistes du 19e arrondissement n’étaient pas présents, mardi 17 avril 2012, à la manifestation des habitants de la rue Pradier, organisée place de la Bourse. Pourquoi ?

Personnellement, j’étais au départ de la manifestation. Rendez-vous était donné à 13h30 au 25, rue Pradier et je me suis exprimé devant les habitants. En tant qu’élu local, premier adjoint au maire du 19e, chargé des dossiers d’urbanisme et délégué dans le quartier des Buttes-Chaumont, j’ai estimé que ma place était aux côtés des locataires, dans la rue Pradier et pas aux côtés de l’association Droit au Logement, place de la Bourse. Les locataires me connaissent et il n’y a aucune ambigüité quant au soutien que nous leur apportons. La manifestation devant le palais Brongniart a permis d’attirer l’attention des médias et c’est très bien. Moi, je ne suis pas de ceux des élus qui considèrent que leur place est devant les caméras. Peut être que j’ai tort. Peu importe. Ma place était aux côtés des locataires.

Quelles sont vos relations avec les habitants de la rue Pradier ?

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Mardi 17 avril, les locataires de la rue Pradier, accompagnés du collectif Jeudi Noir et de l’association Droit au Logement, avait manifesté devant le palais Brongniart où leur bailleur, Gecina, réunissait ses actionnaires

Dès que l’association des locataires a été informée, en novembre, de la perspective d’une procédure de vente à la découpe, elle nous a demandé un rendez-vous. Je les ai reçus sans tarder et nous entretenons depuis des contacts réguliers. Il y a quelques semaines, j’ai accompagné les locataires à l’Hôtel de ville à l’occasion d’un rendez-vous avec Jean-Yves Mano, l’adjoint au maire de Paris chargé du logement. J’ai porté un vœu qui a été voté en conseil d’arrondissement et qui a permis au conseil de Paris de se saisir du dossier. Enfin, j’ai signé une tribune dans le bulletin municipal de février/mars consacrée à la situation de la rue Pradier. Franchement, ce serait nous faire un très mauvais procès que de nous reprocher de ne pas être totalement engagés dans cette mobilisation.

Quelle est la position de la mairie du 19e arrondissement ?

L’engagement que l’on a pris et que nous avons toujours défendu auprès des habitants est parfaitement clair : nous mettrons tout en œuvre pour que personne ne reste sur le carreau. Cette vente à la découpe renvoie à un débat posé depuis très longtemps par la gauche, qui est le suivant : il faut qu’à Paris, la situation des classes moyennes soit prise en compte. Il faut que la puissance publique, municipale en l’occurrence, puisse intervenir pour réguler le marché. C’est un combat très emblématique, qui valide à 300% l’envie des socialistes de prendre en compte la situation des classes moyennes dans la capitale et d’intervenir au lieu de laisser faire le jeu du marché.

Quelle est la position de Gecina, propriétaire de l’ensemble immobilier ?

Les actionnaires de Gecina ont décidé de se désengager du locatif pour réinvestir sur d’autres choses et dégager du cash le plus rapidement possible. Nous rejetons cette position et nous disons que « non, le logement n’est pas un business comme les autres ». On ne peut pas jouer avec la vie des gens au gré de stratégies d’investissement. On connaissait la fragilité des classes populaires mais on découvre aujourd’hui la vulnérabilité des classes moyennes et même des classes moyennes supérieures qui se retrouvent en danger de non logement. D’autre part, les locataires ont une histoire familiale dans cet immeuble, ils sont attachés à leur quartier, ils y ont élevé des enfants et sont heureux d’y vivre. La perspective de perdre tout ça et de devoir se reloger peut être plus loin, dans quelque chose de moins bien et de plus cher, est très angoissante pour eux. C’est un électrochoc.

Quelles solutions la société Gecina propose-t-elle aux locataires ?

Les locataires peuvent racheter leur logement ou partir. Le prix de départ est de 6 900 euros le mètre carré. Là dessus, il y a des abattement pour les locataires. Les prix sont donc en deçà des prix du marché mais les sommes restent très importantes. Pour un 80m2, il faudrait pouvoir débourser plus de 500 000 euros. Ceux qui n’auront pas les moyens d’acheter pourront rester jusqu’à la fin de leur bail. C’est la loi qui l’impose.

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L’immeuble du 25-31, rue Pradier, situé à deux pas du parc des Buttes-Chaumont, compte 203 logements, majoritairement occupés par des classes moyennes et des classes moyennes supérieures.

La loi offre par ailleurs des garanties aux locataires. En général, elles s’appliquent aux familles dont les revenus sont en dessous des plafonds PLI, mais sous la pression de la ville de Paris, Gecina s’est d’ores et déjà engagée à appliquer ces garanties aux ménages qui dépasseraient ces plafonds. Il y a aussi des protections particulières pour les personnes âgées.

Concrètement, que peuvent faire la mairie du 19e et la ville de Paris pour protéger les locataires ?

Dans l’idéal, Gecina renonce à son opération. Ce n’est pas exclu et évidemment, la mobilisation de tous est indispensable pour créer un rapport de force avec la société.

Deuxième possibilité, Gecina revend l’immeuble à un collègue, ce qui ne changerait rien pour les locataires. Ils n’auraient simplement plus le même propriétaire. Malheureusement, je ne sais pas si le secteur du logement est très propice aujourd’hui à ce genre d’opération.

Troisième possibilité, la ville fait en sorte que l’immeuble soit totalement ou partiellement racheté par un bailleur social.

À moyen terme, la préemption pourrait également être envisagée. Sur ce point, il me semble utile de faire un peu de pédagogie car il y a peut-être une part d’incompréhension. Le droit de préemption permet aux collectivités locales d’acquérir prioritairement un bien mis en vente à un moment donné. Mais pas à n’importe quel moment. Lorsqu’il y a ce qu’on appelle une DIA, une déclaration d’intention d’aliéner. C’est-à-dire, lorsqu’un propriétaire a passé un acte de vente et produit cette DIA. Avant cela, la ville ne peut pas préempter. Or aujourd’hui, en ce qui concerne la rue Pradier, il n’y a aucune déclaration d’intention d’aliéner. On en est même très loin puisque la procédure de vente à la découpe n’est pas engagée officiellement. Donc préempter aujourd’hui n’a aucun sens, juridiquement parlant.

Politiquement, demander à la ville de tout racheter au plus vite est très paradoxal. C’est quand même le meilleur service à rendre à Gecina puisque ça revient à dire « il faut que la collectivité locale se dépêche de faire un chèque pour que les actionnaires de Gecina récupèrent au plus vite le cash dont ils ont besoin ». Cette demande est totalement ahurissante, c’est un non sens absolu. Elle aurait pour seul effet d’anticiper les désirs les plus fous et les plus secrets de Gecina.

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Informés de la décision de Gecina de vendre leur immeuble à la découpe depuis novembre 2011, les locataires ont décidé de se mobiliser. Accrochées aux fenêtres du bâtiment, des banderoles témoignent de leur opposition à cette vente.

Enfin, à plus long terme et s’il y a un changement de majorité dans les semaines qui viennent, il faudra étudier de près ces questions et trouver des dispositifs d’encadrement et de régulation. Comme en Allemagne par exemple, où les congés ventes sont encadrés et où l’accord de 60% des locataires est nécessaire pour qu’une procédure de vente à la découpe puisse être engagée.

Y a-t-il eu d’autres cas de vente à la découpe dans le 19e arrondissement ?

Il y a déjà eu des situations analogues mais celle-là prend beaucoup plus d’ampleur. La société Gecina avait déjà revendu un immeuble dont elle était propriétaire dans le 19e, à l’angle des rues Crimée et Manin. Elle avait revendu à un autre investisseur donc ça n’avait rien changé pour les locataires.

On ne vient pas d’inventer ni les ventes à la découpes, ni la volonté de sociétés d’investissement d’augmenter leur patrimoine immobilier. Ce qui est nouveau, c’est l’écho que ça rencontre. Les gens réalisent qu’aujourd’hui, on peut être en couple avec deux enfants, gagner plus de 4 000 euros par mois et ne pas être à l’abris pour autant. Tout ça ne tient qu’à un fil.

Qu’avez-vous envie de dire aux habitants de la rue Pradier ?

Il faut continuer à se battre tous ensemble. Chacun à sa part de combat à mener. Nous assumons totalement la nôtre mais il ne suffit pas d’aller voir les élus pour que tout soit réglé. J’insiste sur le fait que personne ne restera sur le carreau et je réaffirme que le logement n’est pas un business comme les autres. Je crois que cette formule reflète parfaitement ce que je pense.

À lire sur le même sujet :
Vente à la découpe rue Pradier, les habitants manifestent
La rue Pradier au menu du Conseil d’arrondissement, lundi 30 janvier 2012

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5 commentaires
  • « Le logement n’est pas un business comme les autres » 25 avril 2012 10:50, par zellah kalloubby

    Réponse de confort du Berger à la Bergère ,
    la réponse de monsieur Dagnaud , ne nous rassure pas et ne nous satisfait pas,
    cela conduit finalement à l’immobilisme ??? et laissent seuls les locataires de la rue Pradier à gérer leur problème "d’expulsion locative après préavis légal , faute( de pouvoir disposer de 500.ooo euros ?? ) et d’acheter leur bien à la société propriétaire.
    La mairie de Paris aurait pu créer" un Fond de Réserve Financière"pour aider les victimes nombreuses de la vente à la découpe.
    Voir se passer de de sa participation financière à des projets d’urbanisme somptuaire ( exemple la salle philharmonique de la porte de Pantin , qui approchera semble t’il et dépassera les 100.millions d’euros )
    , on peut toujours faire des économies quand on veux ? c’ est un choix un choix de véritable politique SOCIAL, mais parfois curieusement, le souci permanent de l’intérêt social est absent dans la pratique.

    Les locataires de la rue Pradier au delà des grands discours, et des appuis tardifs ,
    hélas aujourd’hui se sentent bien seul.. !

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  • « Le logement n’est pas un business comme les autres » 25 avril 2012 15:13, par mouna Salem- Ychour

    Monsieur Dagnaud 1er adjoint au maire du 19 eme, aurait pu rappeler,
    aux victimes malheureuses( de la vente à la découpe )
    LA LOI DU 13 juin 2006 concernant, la vente à la découpe,
    les nouvelles modalités et les nouvelles règles de protection ,envers les locataires en sursis. au dela de 10 logements les contraintes pour le vendeur sont plus contraignantes.
    " l ’acheteur peut s’engager à prolonger les baux sur une durée de 6 ans et les locataires dans certains cas rester 6 ans de plus.( ou 2 ans minimun.)
    Une dérogation supplémentaire pour les personnes agées de 70 ans et les handicapés.
    Une large information est nécessaire en amont pour expliquer aux locataires leurs droits élémentaires et devoirs ( baux locatifs)
    La mairie PS aurait pu ouvrir , une cellule de" crise d’information et d’assistance immobiliere et juridique gratuite " par exemple ?!
    les locataires en PLI ont priorité absolu au relogement en HLm.

    Mais il est vrai ,,la gauche PS en ce moment, dans son programme , est plus empressée , de donner le droit de vôte aux étrangers et ses alliances du front de gauche étant , pour la régulation massive des clandestins sans papier ?
    Après faut pas s’étonner que le FN (fait 18,5O ) dont 6,5 en pourcentage dans le 19 eme.. ????

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  • « Le logement n’est pas un business comme les autres » 26 avril 2012 18:10, par winceslas Brejinskinaski

    OUI je partage , les commentaires judicieux (de zellha et mouna ) habitant et locataire "expulsé" à cause du système injuste de la vente à la découpe. M. Dagnaud ne nous apporte aucune réponse favorable, cela nous laisse sceptique et désemparé , face au pouvoir des "marchands de biens "et un marché immobilier spéculatif et peu "social" . La gauche( PS ) est très conservatrice . dans certain domaine.
    Aux prochaines élections , le 6 mai, je voterai BLANC et législative aussi,, et je ne voterai plus jamais PS , c’est une évidence M. le 1er adjoint au maire du 19 eme. et croyez moi , nous sommes nombreux à penser cela.

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  • « Le logement n’est pas un business comme les autres » 2 mai 2012 14:27, par shalima Ravinashangar

    Un toît pour les Halles mais pas de toît pour les pauvres ?
    Des projets démesurés et fort coûteux .
    Le côut de la fameuse et superficielle Canopée des Halles sera , de l’ordre de 236 millions d’euros (source Capital Mai 2012) soit 11 collèges neufs ou 1600 logements sociaux neufs. Contrairement à ce que M.le Maire de Paris nous avait affirmer , la note pour les contribuables parisiens sera salée.

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  • Pour info.
    Les immeubles du 20 et 22 rue Pradier 75019, bénéficient d’un Droit de Préemption renforcé ( DPUR.. Me Hidalgo, le 16 et 17 mai 2011)

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