Roger Madec - logement - Vente à la découpe - Rue Pradier - Cécile Duflot - Gecina
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Après six mois de lutte, les locataires du 25 rue Pradier, dans le 19e arrondissement de Paris, ont obtenu la victoire contre la société foncière Gecina qui voulait vendre leur immeuble à la découpe. Ils ont appris mardi 10 juillet 2012 que leur immeuble serait finalement racheté par Paris-Habitat.
Ça y est, ils ont gagné. Les locataires du 25 rue Pradier, dans le 19e arrondissement de Paris, vont pouvoir rester chez eux. Après six mois d’une lutte sans relâche, ils ont obtenu, mardi 10 juillet 2012, la victoire sur Gecina, quatrième société foncière européenne, qui voulait vendre leur immeuble à la découpe.
Dans un communiqué publié le 11 juillet, le maire du 19e, Roger Madec, annonce officiellement le rachat par Paris-Habitat. L’immeuble ne sera pas vendu à la découpe. « Tous les locataires pourront ainsi rester « chez eux » avec des loyers équivalents ou inférieurs à ceux en cours. Une enquête sociale permettra de déterminer la situation de chaque occupant et de préciser les catégories de conventionnement », précise le communiqué.
Pour réduire son endettement, le groupe avait décidé de vendre l’immeuble appartement par appartement. Une logique marchande qui ne laissait aux locataires que deux possibilités : racheter leur appartement à 7000 euros le mètre carré (un prix inabordable pour la plupart d’entre eux) ou partir. Face à Gecina se dresse un collectif qui fait bloc avec un seul mot d’ordre : « On y est, on y reste ».
Ne jamais céder
« Cela prouve qu’il est utile de lutter, de ne jamais céder à la résignation sous prétexte que l’autre est plus fort ». Thierry Vincent, engagé dans ce combat, voit dans le dénouement de l’affaire une morale digne d’une fable de La Fontaine, bien que cette fois la raison du plus fort ne soit pas la meilleure. Cette victoire de David contre Goliath, les habitants l’ont apprise un peu plus tôt dans la semaine.

- Invitation reçue par les locataires du 25 rue Pradier, dans le 19e arrondissement de Paris.
Vendredi, naissent les premiers espoirs. Au matin, les habitants découvrent dans leurs boîtes aux lettres un bristol blanc marqué de lettres noires et estampillé Mairie du 19e. Une invitation solennelle à une réunion en présence du maire, Roger Madec, de François Dagnaud, son premier adjoint et de Jean-Yves Mano, adjoint du maire de Paris chargé du logement. Rendez-vous est donné mardi 10 juillet à 19h, à la mairie.
Un tel rassemblement de personnalités doit être de bon augure. Les spéculations vont bon train et diverses hypothèses sont envisagées, sans trop d’illusions. « On était dans l’expectative, se rappelle Nathalie Lesaint qui s’occupe du blog des découpés du 19e, on n’osait pas trop espérer. »
Le soulagement

- Les habitants prennent place dans la salle des fêtes de la mairie du 19e, mardi 10 juillet 2012. Photo : Nathalie Lesaint.
Dans la salle des fêtes de la mairie, les rangées de chaises se remplissent peu à peu. Entre 150 et 200 personnes ont pu faire le déplacement. Une fois que les retardataires sont arrivés, Roger Madec entame son discours à la tribune : « Gécina voulait vous vendre à la découpe... » L’emploi de l’imparfait qualifie déjà une situation révolue. « Dès la première phrase on a compris », se souvient Matthieu Cayla, 36 ans.
« Quand ça a été annoncé, il y a eu un blanc, puis une reprise d’air, un “ahhhh” », continue Nathalie Lesaint, 36 ans et habitante du 25 depuis 2008. Le rachat de l’immeuble par Paris Habitat, qui sera finalisé à la fin de l’année, est un soulagement pour la majorité des locataires, même si certains auraient aimé acheter leur logement.
19h50, fin de la réunion. Le groupe repart et une halte s’improvise au bistro Botzaris pour fêter la victoire et l’annoncer au commerçant qui les soutient depuis le début. « Au fur et à mesure, il rajoutait des tables et la foule grossissait, c’est assez symbolique de ces six derniers mois, sourit Nathalie Lesaint. On est parti à quatre ou cinq autour d’une table et on a fini bien plus nombreux. »
Une mobilisation intelligente et efficace
Leur victoire ils la doivent à une lutte de tous les instants, intelligente et efficace. Une synergie entre une association de défense des locataires, pour le côté administratif, et un collectif en charge de mobiliser les médias et d’organiser des manifestations. « C’est grâce à la pression médiatique que nous avons réussi, juge Nathalie Lesaint, les politiques qui nous ont soutenu nous ont encouragé à continuer de faire du bruit. »

- Thierry Vincent habitant mobilisé du 25 rue Pradier, lors de la manifestation place de la Bourse, le 17 avril 2012.
Point d’orgue de la mobilisation, la manifestation du 17 avril 2012 devant le palais Brogniart où se réunissaient les actionnaires de Gecina. Jeudi noir et leDAL (association du droit au logement) sont présents. « On a été surpris qu’ils nous soutiennent, nous, des classes moyennes. Mais ils nous ont répondu que si même les classes moyennes étaient virées de leur logement c’est que la situation était de pire en pire », explique la blogueuse.
Tout au long du bras de fer, le collectif a reçu le soutien des politiques de l’arrondissement, tous bords confondus. À chacun des conseils d’arrondissement un voeu contre la vente à la découpe de l’immeuble est voté à l’unanimité. Après les voeux sont venus les actes.
Epilogue festif et législatif
Aujourd’hui les découpés du 19e veulent devenir un cas d’école. « On veut partager notre expérience et aider au maximum les personnes qui pourraient se retrouver dans notre cas », déclare Matthieu Cayla, locataire depuis quatre ans mais résident de toujours de l’arrondissement. Une expérience qui intéresse peut être déjà les plus hautes instances politiques.

- Les locataires de la rue Pradier lors de la fête des voisins où ils avaient reçu le soutien de nombreux politiques de l’arrondissement, le 1er juin 2012.
Vendredi, le collectif sera reçu au ministère du logement (un rendez-vous initialement fixé au 10 juillet). Fin juin, Cécile Duflot avait adressé une lettre à Michel Gosset, président de l’association, dans laquelle la ministre du logement faisait part de sa préoccupation au sujet des ventes à la découpe et de sa volonté de revoir dans ce cadre la loi du 6 juillet 1989 tendant à améliorer les rapports locatifs.
Au bout de ces six mois de lutte solidaire, les locataires ont aussi gagné à se connaître. Partout, dans l’immeuble et au delà, entre voisins et commerçants, des liens se sont tissés. Et maintenant, « on a plein d’idées de vie de quartier », s’enthousiasme Nathalie Lesaint. En premier lieu, une fête de la rue Pradier prévue pour la mi-septembre et qui devrait être reconduite d’année en année, pour « remercier tout le monde, tous les voisins qui nous ont supporté et à qui nous avons infligé nos banderolles pas très standing ! ». En attendant, tous pourront profiter sereinement de l’été.
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